Une relecture perverse

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Eugène Onéguine de Tchaikovsky, Paris, Palais Garnier, le 6 septembre

1884401.jpgTrès bon spectacle, formidablement réglé. Splendide orchestre, à élans, états d’âme et paysages intérieurs (maître d’œuvre Alexander Vedernikov) ; Tatiana d’une chaleur naïve, à élans, avec lumière théâtrale par sa simple voix (Tatiana Monogarova) ; les autres protagonistes (Mariusz Kwiecien en Onéguine) plus ordinaires. Mais éblouissante, estomaquante figuration, comme quand Walter Felsenstein obtenait du moindre choriste une liberté de geste, une expression de soi aussi, qui dans tout opéra mis en scène par lui apportait en plus un théâtre.

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Oui, mais ici le théâtre asphyxie l’opéra. Une même grande table (très faussement conviviale) rassemble ou isole tout le temps tout le monde, d’où des moments scéniques hallucinants de virtuosité. 

Mais presque tous y perdent tout ce qu’ils pourraient communiquer d’âme. Extrême (et gratuite) perversion du personnage de Lensky, folie clownesque qui s’ensuit chez Larina : la virtuosité scénique bluffante gagne beaucoup, la sensibilité des personnages perd presque tout.

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Star et tyran d’un soir : le metteur en scène Dmitri Tcherniakov, son savoir faire, son ego avide. On n’attend pas d’un Bolchoï rénové qu’il ranime une tradition. Mais le voilà hélas aligné : une Schaubühne comme une autre.

A propos de l'auteur

André Tubeuf

André Tubeuf

Né à Smyrne en 1930, André Tubeuf collabore aux magazines Le Point et Classica-Répertoire. Il est l´auteur de romans et de nombreux ouvrages sur la musique.

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