Un “Lohengrin” de luxe

Lohengrin de Wagner, le 5 juillet.

Lucrèce Borgia de Donizetti, le 6 juillet, Munich, Opéra.

Un concept qui scéniquement marche et même éclaircit les moments les plus broussailleux ; des personnages fortement définis, évoluant, dont on suit pas à pas le fatal malentendu progressif. Ce n’est pas le mince mérite de Richard Jones d’avoir réussi tout cela dans son Lohengrin, la vedette allant aux prises de rôle très attendues de Jonas Kaufmann et Anja Harteros.

Elsa attend son Bel Inconnu, son sauveur, en lui bâtissant déjà sa maison ; mais l’artiste venu de loin (image que Wagner non sans complaisance ici dessine de lui-même) ne s’installera pas à Wahnfried, maison pour rêves. On est d’abord perplexe mais cela s’éclaire peu à peu et pas à pas. Où entend-on dans Lohengrin pareil quatuor vocal ? Wolfgang Koch et Michaela Schuster sont mordants et nets, subtils de voix, vivaces en scène. Anja Harteros, d’une pureté vocale inouïe, sublime de legato, d’intonation, de phrase, se hausse en fin de duo de l’acte III à la dimension de quasi-Isolde qu’Elsa requiert alors.

Idéalement Bel Inconnu, Jonas Kaufmann ose au Graal de simples miracles d’intériorité murmurée, éloquente, avec une illumination des mots bouleversante, ineffable ensuite de tendresse déchirée dans l’adieu. Merci à Kent Nagano d’ainsi soutenir les respirations et de laisser chanter. Glorieuse soirée, comme on ne se lassera pas de dire qu’elle n’est possible que dans une grande maison en ordre de marche qui y met tous ses moyens ; et pas bâclée pour un soir festivalier d’été.

Même excellence collective dans Lucrezia Borgia, sans doute ce que Donizetti a fait dramatiquement de plus calamiteux. Mais ici aussi distribution vocale superbe. Christoph Loy simplifie le décoratif, anime ce qui ferait tunnel. Bertrand de Billy aide à chanter. Confirmation : le superbissime Pavol Breslik en Gennaro. Et mots qui manquent pour la performance d’Edita Gruberova dans sa plus récente (62 ans !!) prise de rôle. Ce fini imperturbable dans l’exécution (en scène !) de l’infaisable, cette imagination dramatique qui accompagne les effets vocaux funambules insensés et les justifie, de mémoire d’auditeur c’est sans exemple.

A propos de l'auteur

André Tubeuf

André Tubeuf

Né à Smyrne en 1930, André Tubeuf collabore aux magazines Le Point et Classica-Répertoire. Il est l´auteur de romans et de nombreux ouvrages sur la musique.

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