La Walkyrie à l’Opéra Bastille

Rheingold offrait deux tableaux superbement imagés et animés, le fond du Rhin et le Nibelheim, et un exceptionnel jeu d’acteurs autour d’Albérich. D’aucuns y attendaient de Philippe Jordan et son orchestre davantage d’émotion et de drame. Pas nous : l’œuvre n’en appelle pas.

Les réussites de Walküre sont tout autres. Le niveau vocal est électrisant, une telle qualité et présence du chant est en soi spectacle ici, mise en œuvre (sinon mise en scène) :

Walkyrie Intérieur du Walhalla (Début de l'Acte II)Intérieur du Walhalla (début de l'Acte II)

ampleur de phrase et lyrisme mâle chez Robert Dean Smith, aussi parfait Siegmund qu’on peut être quand on est si peu baryton (appels de Wälse inouïs) ; mêmes ampleur et modelé chez l’inépuisable Sieglinde

Riccarda Merbeth et Robert Dean Smith

(Riccarda Merbeth) ; métal héroïque chez Brünnhilde (Katarina Dalayman) ; extrême concentration (sinon noirceur) du grain chez l’étonnant Hunding (Günther Groissböck) ; promesses immenses (l’endurance, l’insolence d’aigu, la hauteur de vues) chez le tout nouveau Wotan, Thomas Johann Mayer, un des rares à réussir une fin d’Adieux à ce point poignante et tenue. Tout cela, chez tous, un rien trop clair d’ailleurs.

C’est les sublimes pupitres de l’orchestre qui apportent la texture plus profonde, le coloris plus angoissé, le douloureux clair-obscur où baigne la Walkyrie. La pure beauté de chant, la vérité de climat avec lesquelles ils le font est en soi mise en scène : au I, entre les jumeaux qui ne parlent pas, violoncelle, hautbois, clarinette créent des attouchements ; à l’annonce de la mort, trombones et trompettes font exister un paysage autrement palpable que les arbres à l’arrière-plan. Ovation, et méritée, à Jordan et à l’orchestre, dont les solistes auraient dû venir sur scène saluer. C’est eux qui font le décor ! La première a failli se dérouler en version concert. Quand la musique en dit et montre tant, Dieu sait que la mise en scène peut être en trop. Ici, mérite négatif mais mérite, elle montre et impose peu. De l’accessoire pourtant, pommes, hôpital de campagne, Erda qui passe, rien qui gêne, mais rien qui aille nulle part. Mais une très bonne et vraie mise en scène du texte. C’est l’essentiel.

Opéra Bastille, le 31 Mai 2010

A propos de l'auteur

André Tubeuf

André Tubeuf

Né à Smyrne en 1930, André Tubeuf collabore aux magazines Le Point et Classica-Répertoire. Il est l´auteur de romans et de nombreux ouvrages sur la musique.

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