D’un Fox-trot aux Mamelles de Tiresias : mais oui, la recette est bonne

 

Ce n’est pas forcément une bonne idée de monter aujourd’hui Les Mamelles de Tirésias, ni la façon qu’avait Apollinaire de se montrer décalé, ni les narquoiseries de Poulenc n’ayant d’équivalent, même lointain, pour des oreilles d’aujourd’hui ; mais c’en est une très bonne de les faire précéder de deux brefs morceaux d’orchestre, Fox-Trot extrait de la Suite de jazz n° 1 de Chostakovitch et Le Bœuf sur le toit de Milhaud (ce dernier pur produit de synthèse, du simili américain) qui laissent le cirque s’installer, librement, sans contraintes de texte, et meublent, meublent (et l’on rit aux gags). Ainsi on pourra traiter très librement, par dessus la jambe en vérité, la pochade des Mamelles, qui ne mérite pas davantage.

 Photos Jean-Louis Fernandez

Spectacle d’en tout une heure et demie, où on ne s’ennuie pas, sourit volontiers, et qui passe comme une lettre à la poste, l’efficience de Macha Makeïeff, ses recettes éprouvées, compensant la minceur du propos. Au premier rang de ces recettes, un chœur de parfaits et pittoresques figurants. Très bon spectacle donc, mais qui est tout entier dans son crépitement de gags visuels, d’autant qu’il souffre d’une erreur de distribution assez grave. Sa prestance et son abattage scénique suffisaient à Ivan Ludlow pour  s’arranger de Danilo, dans La Veuve Joyeuse venue de la même équipe l’an dernier. De ces atouts le mari des Mamelles n’a rien à faire ; mais de conversation, de bagou, de drôlerie dans la voix. Hélas. Qui aujourd’hui en France sait encore être drôle par la seule voix ? L’inflexion ? Un bon point à cet égard aux compères Christophe Gay et Loïc Félix qui ont su  du moins rester vifs, naturels. On a tellement pris l’habitude, chez nous, de confier l’humour au visuel (aux gags) : on ne prend plus la peine de le mettre dans la voix. Requiescat alors l’opérette, même Offenbach, ainsi traitée. Seule Hélène Guilmette en Thérèse a un vrai sourire, une vraie gaîté, dans sa bonne et jolie voix.

 Opéra National de Lyon et Opéra Comique à Paris (décembre 2010/janvier 2011)

A propos de l'auteur

André Tubeuf

André Tubeuf

Né à Smyrne en 1930, André Tubeuf collabore aux magazines Le Point et Classica-Répertoire. Il est l´auteur de romans et de nombreux ouvrages sur la musique.

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