Rigoletto à l’Opéra du Rhin

© Alain Kaiser (Opéra National du Rhin)

© Alain Kaiser (Opéra National du Rhin)

La Cour du duc de Mantoue devient cirque, au motif que la juste figure du bouffon, c’est forcément le clown. On n’est pas plus obligé de souscrire à cela qu’à la plupart des options que nous proposent, ou plutôt imposent, les metteurs en scène et leurs dramaturges, mais allons-y de bon cœur. Ce même bon cœur se permettra d’oublier l’orgie qui suit, quelques minutes trop bêtement et platement racoleuses pour qu’on veuille les avoir vues. Admettons que l’opéra commence ensuite. L’option cirque permet des cascadeurs et acrobates, des cordes et échelles qui vont faire filer le spectacle et l’action, utilement.

© Alain Kaiser (Opéra National du Rhin)

© Alain Kaiser (Opéra National du Rhin)

Sans réussir vraiment le tableau de l’enlèvement de Gilda, Robert Carsen réussira génialement (on maintient le mot) le récit que les courtisans font au Duc de cet enlèvement ; le Caro nome de Gilda sur sa balançoire aura dans les étoiles une grâce rarissime ; et la maison de Sparafucile toute en cordages et visibilités (et apartés aussi : l’illustre quatuor), son toit d’où le Duc s’étire et soupire sa romance ; le mannequin, pantin désarticulé, qui s’abat sur le bouffon en ultime malédiction, tout cela nous fait un Rigoletto scénique largement gagnant. On a su oublier le début, n’est-ce-pas ? Eh bien, il n’y avait qu’à ne pas du tout le mettre !

© Alain Kaiser (Opéra National du Rhin)

© Alain Kaiser (Opéra National du Rhin)

Musicalement, on souffre un peu de la rapidité sèche avec laquelle Paolo Carignani semble parfois expédier (il n’y a pas d’autre mot) sa partition, avec d’ailleurs une sorte de dédain pour l’équilibre à ménager aux infinis et sublimes duos Rigoletto/Gilda qui en sont le joyau. Heureusement George Petean et Nathalie Manfrino y sont aussi musiciens et merveilleux l’un que l’autre : lui capable d’une cantilène claire, haut tendue, rare il faut le souligner chez un baryton ayant ce volume et cette projection ; et d’une intériorité murmurée, vibrante pourtant, dans son monologue Pari siamo avec lequel Verdi innove en matière d’éloquence dramatique. Elle est merveilleusement musicienne et sensible dans tout ce qui est cantilène et innocence, un rien raidie ou échappant à son propre contrôle dans l’aigu et les agilités : un vrai personnage, d’où la grâce propre à Verdi surabondamment irradie. Le Duc, Dmytro Popov, grand beau gars à l’anatomie flatteuse (il la montre beaucoup, grimpant violer Gilda) a toutes les facilités de la ligne, de la désinvolture insouciante, de l’aigu, tout pour éblouir, à ceci près que la voix est la moins italienne du monde. Mais on ne va pas se plaindre que le marié soit trop beau…

© Alain Kaiser (Opéra National du Rhin)

© Alain Kaiser (Opéra National du Rhin)

 

Opéra du Rhin, le 8 décembre 2013

A propos de l'auteur

André Tubeuf

André Tubeuf

Né à Smyrne en 1930, André Tubeuf collabore aux magazines Le Point et Classica-Répertoire. Il est l´auteur de romans et de nombreux ouvrages sur la musique.

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