Les Noces de Figaro à l’Opéra de Versailles

“Les Noces de Figaro” : “Non più andrai” (Suzanne, Figaro, Chérubin) / © Mats Bäker

"Les Noces de Figaro" ("Non so più" : Suzanne et Chérubin) / © Mats Bäker)

“Les Noces de Figaro” (Suzanne et Chérubin : “Non so più”) / © Mats Bäker)

Un Mozart élégant, discret qui, contre toute tendance, ne craint pas d’être ressemblant, c’est devenu trop rare pour n‘être pas salué avec jubilation. D’autant qu’à Drottningholm, lieu d’origine du spectacle, le reste de la trilogie Da Ponte doit suivre, par la même équipe d’Ivan Alexandre metteur en scène et Marc Minkowski au pupitre. Nul doute qu’ils garderont le troisième homme, moins affiché, mais qui est pour beaucoup dans ce que le spectacle a de meilleur : Antoine Fontaine. Ses costumes ont la grâce simple, le délicieux négligé de ce qui est authentiquement noble, teintes exquises, merveilleux tombé des tissus.

Les Noces de Figaro : "Voi che sapete". Suzanne, Chérubin, la Comtesse (© Mats Bäker)

Les Noces de Figaro : “Voi che sapete”. Suzanne, Chérubin, la Comtesse (© Mats Bäker)

Cette réussite esthétique ne serait rien sans la parfaite ingéniosité et commodité de son décor tréteau à rideaux, plus un assez épatant soupirail pour escamoter. Alentour sembleront venir se reposer ou flâner, entre deux moments scéniques, les protagonistes. Délicieuse ambiance de loisir.

"Les Noces de Figaro". Le Comte et la Comtesse travestie en Suzanne (Acte IV) / © Mats Bäker

“Les Noces de Figaro”. Le Comte et la Comtesse travestie en Suzanne (Acte IV) / © Mats Bäker

Notre cher Marc Minkowski ne serait pas Minkowski si dans ces estompes, allusions et complicités il ne faisait pas de temps à autre cingler quelque bien inutile tonitruance : mais l’attention dans les airs au détail instrumental, au coloris, semble d’un nouveau Minkowski, avec qui cela soupire et chante, qui aide à chanter, et enchante. Ivan Alexandre n’a plus qu’à utiliser le décor dans l’élaboration duquel il ne doit pas être pour rien, tant il est sur mesures. Mais il le fait en faisant bouger ses personnages avec le naturel à la fois musical et humain le plus subtil et vrai, en sorte que le spectacle (je ne crois pas pouvoir faire de plus vrai compliment) ne semble même pas mis en scène, mais aller tout seul, comme si les pas et les gestes des protagonistes inventaient à mesure leur Mozart.

"Les Noces de Figaro" (Final, Acte IV : Figaro, le Comte, Suzanne) / © Mats Bäker

“Les Noces de Figaro” (Final, Acte IV : Figaro, le Comte, Suzanne) / © Mats Bäker

Eux, il faut le dire, sont de petit format, mais vont très bien dans ces cadres royaux qui restreignent, et obligent. Ana Maria Labin est une Comtesse de tact et de finesse, avec du timbre, de célestes croches qui s’allègent dans Porgi amor et, de toute l’équipe, le meilleur récitatif. Davantage de pâleur (native) dans le timbre de Lenneke Ruiten (Susanna), mais quelle jolie ligne et quelle grâce dans ses Marronniers. Florian Sempey (le Comte) est rond comme plutôt un Figaro, plus plébéien que son propre valet, mais fulmine épatamment son air redoutable. Les immenses facilités physiques de ce Figaro (Robert Gleadow) ne craignent pas de passer la limite du discret, comme s’il montrait qu’il pourrait danser son rôle. Il se regarde jouer, le mollet avantageux ; et s’écoute chanter, avec le métal flatteusement tranchant de la voix. On s’y rendrait encore plus volontiers s’il n’en résultait dans son récitatif des désinvoltures et à peu près qui déteignent sur la ligne musicale. À surveiller ! C’est contagieux (d’autres, moins doués, suivent) et vite irréparable. Dans les Noces au moins, le récitatif aussi est de Mozart. La salle ronronnait de plaisir. La suite, please !

Opéra Royal de Versailles, 15 janvier 2016

A propos de l'auteur

André Tubeuf

André Tubeuf

Né à Smyrne en 1930, André Tubeuf collabore aux magazines Le Point et Classica-Répertoire. Il est l´auteur de romans et de nombreux ouvrages sur la musique.

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