Macbeth de Verdi à l’Opéra de Marseille

 

Csilla Boross (Lady Macbeth) / © Christian Dresse / Opéra de Marseille

Csilla Boross (Lady Macbeth) / © Christian Dresse / Opéra de Marseille

Wojtek Smilek (Banquo) & Juan Jesus Rodriguez (Macbeth) / © Christian Dresse (Opéra de Marseille)

Wojtek Smilek (Banquo) & Juan Jesus Rodriguez (Macbeth) / © Christian Dresse (Opéra de Marseille)

C’est difficile de manquer entièrement Macbeth, sauf quand comme autrefois à la Bastille un Tcherniakov décidait de le porter à la scène sans rien montrer, la mort, la nuit, l’espace, les conflits, ni même rien suggérer de ce que Verdi a mis tant de soin à dépeindre par la seule musique, et les nuances (ou suffocations) des timbres, les instruments comme les voix. Macbeth est si neuf, si fringant dans son agilité dramatique ; et la mise en scène des caractères par les voix y est si neuve aussi ! Il n’est d’ailleurs pas davantage facile de réussir Macbeth entièrement, tant les quatre principaux du cast exigent de qualités diverses et parfois contradictoires (à la fois la virtuosité en termes de chant pur, cantilène ou vocalisation ou tessiture, et vérité dramatique par la voix).

La réussite de Marseille est à cet égard remarquable : scéniquement, avec Frédéric Bélier-Garcia, des personnages explicites et en situation, dans des décors volontairement faits quelconques ; musicalement, avec Pinchas Steinberg, maître ès équilibres dans les ensembles et soutenant les chanteurs de son propre souffle ; vocalement enfin, avec un quatuor simplement exceptionnel dans sa consistance, sa cohésion et la qualité des voix.

Csilla Boros (Lady Macbeth) et Juan Jesus Rodriguez (Macbeth) / © Christian Dresse (Opéra de Marseille)

Csilla Boros (Lady Macbeth) et Juan Jesus Rodriguez (Macbeth) / © Christian Dresse (Opéra de Marseille)

Stanislas de Barbeyrac (Macduff) / © Christian Dresse (Opéra de Marseille)

Stanislas de Barbeyrac (Macduff) / © Christian Dresse (Opéra de Marseille)

On reprochera seulement à Csilla Boross et Juan Jesus Rodriguez, le couple Macbeth, de chanter trop bien et avec des voix trop saines : on y perd un rien de l’effet de mystère ou, pour mieux dire, de clandestinité, qui est si remarquable dans le duo Fatal ma donna, merveille d’agencement urgent et de murmures s’entrecoupant qui montre chez un Verdi qui s’essaye encore une vivacité, une vérité dans l’invention en bien des points digne du Shakespeare auquel il ose se mesurer. M. Rodriguez se signale par une cantilène aboutie, qu‘il tient jusqu’au bout dans son Pietà, rispetto, amore final, pur  morceau belcantiste ; mais aussi par un mordant (sinon un considérable volume) dans tous les moments du rôle qui demandent accent, suggestion, véhémence et même vision (le banquet). Quant à Mme Boross… On a entendu dans ce rôle Astrid Varnay, Shirley Verrett, Christa Ludwig et quelques moindres luminaires, mais on ne se souvient pas d’avoir entendu Vieni, t’affretta ni le Somnambulisme chantés avec tant de franchise hardie et de santé, l’attaque ciblant juste et la mi-voix, le luxe de chanter piano se faisant la part presque trop belle. Bonne actrice de surcroît. Bref un couple pas loin d’être idéal. À quoi Wojtek Smilek répond en Banquo avec des ressources de timbre et de facilité fort enviables. On attendait beaucoup Stanislas de Barbeyrac dans un rôle de Verdi. Macduff, qui n’a qu’un air et des ensembles, est un merveilleux coup d’essai. Il y met en évidence une richesse de timbre qu’on ne lui connaissait pas encore, avec toujours cette présence dramatique simple et franche, et cette sorte d’élégie héroïque qui donne à tout ce qu’il chante un accent qui n’est qu’à lui. Qu’il n’aille pas trop vite, surtout, sur ce chemin qui, pour l’instant, le sollicite un peu à sa limite !

Sur le trône royal, la dépouille de Duncan. En avant, Macbeth (Juan Jesus Rodriguez), sa servante (Vanessa Le Charlès), Banquo (Vojtek Smilek), Lady Macbeth (Csilla Boross), Macduff (Stanislas de Barbeyrac), Malcom (Xin Wang) / © Christian Dresse (Opéra de Marseille)

Sur le trône royal, la dépouille de Duncan. En avant, Macbeth (Juan Jesus Rodriguez), sa servante (Vanessa Le Charlès), Banquo (Vojtek Smilek), Lady Macbeth (Csilla Boross), Macduff (Stanislas de Barbeyrac), Malcom (Xin Wang)
© Christian Dresse (Opéra de Marseille)

Les chœurs et l’orchestre se sont surpassés. Dans des couleurs qui se veulent ternes, blêmes et un peu glauques, un Macbeth éclatant de vigueur et de franchise, et d’une simplicité qu‘on se plaît à souligner. Tous ici ne font que servir l’œuvre. Le chef d’œuvre.

Le banquet. Csilla Boross (Lady Macbeth), Juan Jesus Rodriguez (Macbeth), Vojtek Smilek (apparition du spectre de Banquo) / © Christian Dresse (Opéra de Marseille)

Le banquet. Csilla Boross (Lady Macbeth), Juan Jesus Rodriguez (Macbeth), Vojtek Smilek (apparition du spectre de Banquo)
© Christian Dresse (Opéra de Marseille)

Opéra de Marseille, le 7 juin 2016

A propos de l'auteur

André Tubeuf

André Tubeuf

Né à Smyrne en 1930, André Tubeuf collabore aux magazines Le Point et Classica-Répertoire. Il est l´auteur de romans et de nombreux ouvrages sur la musique.

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