Alcione de Marin Marais à l’Opéra-Comique

"Alcione" à l'Opéra-Comique (2017) / © Vincent Pontet

“Alcione” à l’Opéra-Comique (2017) : Apollon (Sebastian Monti), Alba Faivre, Maud Payen / © Vincent Pontet

On ne peut résoudre le problème de l’opéra baroque (et royal) en scène avec plus d’élégance et d’efficacité que n’a fait Louise Moaty montant Alcione pour l’Opéra-Comique. La musique en est de niveau sensiblement plus relevé que dans la plupart des cas. Marais était un maître coloriste, disposant d’un excellent nuancier pour tout ce qui est affects et élans de la galanterie amoureuse vaguement épique qui pourvoyait aux livrets (ou plutôt prétextes) d’opéra à l’époque.

"Alcione" à l'Opéra-Comique (2017) / © Vincent Pontet

“Alcione” à l’Opéra-Comique (2017) : Alcione (Lea Desandre), Ceix (Cyril Auvity) / © Vincent Pontet

L’instrumentation en est suffisamment riche pour qu’un moment musical au moins, la Tempête précisément, ait survécu à ce qui fut, lors de la création, pour Alcione, naufrage sans appel. Et on peut compter sur Jordi Savall, qui a tant fait pour le rayonnement de Marais compositeur, pour que justice soit pleinement rendue à l’ouvrage ressuscité. Le brio du Concert des Nations, son ample et naturelle respiration musicale, sont audiblement à l’honneur toute la soirée.

"Alcione" à l'Opéra-Comique (2017) : Alcione (Lea Desandre), Ceix (Cyril Auvity) / © Vincent Pontet

“Alcione” à l’Opéra-Comique (2017) : Ceix (Cyril Auvity), Alcione (Lea Desandre) / © Vincent Pontet

"Alcione" à l'Opéra-Comique (2017) : Phorbas (Lisandro Abadie), Proserpine (Pauline Journe) / © Vincent Pontet

“Alcione” à l’Opéra-Comique (2017) : Phorbas (Lisandro Abadie), Proserpine (Pauline Journe) / © Vincent Pontet

Mais l’opéra français d’époque est ainsi fait que ce ne sont ni les virtuosités du chant fleuri, ni moins encore les prouesses instrumentales et sonores au sein de l’orchestre, qui suffiraient à un succès scénique. Il y faut l’effet suprême, celui qui fera spectacle, justifiant que le public, princes et pauvres, s’asseye trois grandes heures et fasse attention. Il écoute, certes. Mais il faut lui en mettre plein la vue. Machines il doit y avoir, pour produire le magique, l’extraterrestre, l’invraisemblable devenu vrai : et toute une mythologie de dieux et demi-dieux, et moindres encore, esprits des forêts ou des eaux, zéphyrs et aquilons, sont là pour pourvoir à de l’extraordinaire, du jamais vu. Toute l’intrigue, assez sommaire, d’Alcione ne tend qu’à une chose : faire prétexte à des effets de spectacle tels que le spectateur en reste ébahi, la musique ne faisant guère plus qu’accompagner la merveille scénique, ou meubler en attendant les temps visuels les plus forts.

"Alcione" à l'Opéra-Comique (2017) : Pelée (Marc Mauillon), Alcione (Lea Desandre) / © Vincent Pontet

“Alcione” à l’Opéra-Comique (2017) : Pelée (Marc Mauillon), Alcione (Lea Desandre) / © Vincent Pontet

"Alcione" à l'Opéra-Comique (2017) : Alcione (Lea Desandre), Ceix (Cyril Auvity) / © Vincent Pontet

“Alcione” à l’Opéra-Comique (2017) : Alcione (Lea Desandre), Ceix (Cyril Auvity) / © Vincent Pontet

Mille grâces à Louise Monty qu’elle n’ait pas recouru à la vidéo, procédé d’une affligeante paresseuse nouveauté (une nouveauté qui porte déjà son âge, et le porte mal, avec des rides). Elle nous donne bien mieux : le cirque et ses acrobaties ; non pas jongleurs et contorsionnistes seulement, qui suffisent au spectacle dans tant de productions en peine de piquant, mais d’incroyables numéros de trapèze ou voltige traversant l’espace à toute volée,

"Alcione" à l'Opéra-Comique (2017) / © Vincent Pontet

“Alcione” à l’Opéra-Comique (2017) : Maud Payen, Tarek Aitmeddour / © Vincent Pontet

de contrepoids et gymnastes météoriques qui zèbrent le ciel et font de la scène de Favart un chapiteau, une Piste aux Etoiles, avec toute une féerie de mouvement athlétique, élégant, sobre, sans pathos, coupant le souffle. Le procédé, certes, ne peut servir à répétition. Ayant fabuleusement réussi à figurer les ouragans qui se déchainent, comme la boîte d’Eole soudain ouverte pour nous affoler, cela ne suffira pas vraiment à faire en fin d’acte II que l’enfer même vienne habiter ces lieux. Plus tard cordages, effets de voile montreront avec la même spectaculaire efficacité que l’imagination avec ses moyens d’aujourd’hui est à pleine hauteur des magies appelées par le livret. Et vivent les machines quand elles sont utilisées de cette façon en rien m’as-tu-vu, prodigieusement professionnelle, et qui nous en bouche en effet un coin. Dix fois bravo, les artistes !

"Alcione" à l'Opéra-Comique (2017) : Pelée (Marc Mauillon), Alcione (Lea Desandre), Ceix (Cyril Auvity), Pelée (Marc Mauillon) / © Vincent Pontet

“Alcione” à l’Opéra-Comique (2017) : Pelée (Marc Mauillon), Ceix (Cyril Auvity), Alcione (Lea Desandre) / © Vincent Pontet

Sur scène cela se passe non sans élégance, en traînant un peu. Rivalités, jalousies sont ressorts à grandes catastrophes, certes. Mais il nous faut un Balzac pour agencer cela. Ici les passions restent plus théoriques. Mais l’apparition poétique de Lea Desandre et son chant délicieux en Alcione suffisent à lui gagner toutes nos sympathies ; comme aussi à Cyril Auvity, roi Ceix (quel nom ! D’où l’a-t-on péché ?) injustement contrarié, qui a de beaux soupirs, dans une tessiture qui l’étrangle un rien. Le Pelée de Marc Mauillon semble étrangement en recherche de sa plus franche sonorité, dans un rôle, il est vrai, ambigu et mal défini. Sebastian Monti, très joliment déguisé en Apollon, s’y fait entendre de façon flatteuse. Mais tant de comparses ne nous feront pas une bien grande fête du chant.

"Alcione" à l'Opéra-Comique (2017) : Alcione (Lea Desandre) / © Vincent Pontet

“Alcione” à l’Opéra-Comique (2017) : Alcione (Lea Desandre) / © Vincent Pontet

La vedette de la soirée restera largement à ces danseurs et acrobates accomplis qui nous ressuscitent, le temps d’une tempête, la folie féerique des machines.

"Alcione" à l'Opéra-Comique (2017) : Alcione (Lea Desandre) / © Vincent Pontet

“Alcione” à l’Opéra-Comique (2017) : Alcione (Lea Desandre) / © Vincent Pontet

Opéra-Comique, 28 avril 2017

A propos de l'auteur

André Tubeuf

André Tubeuf

Né à Smyrne en 1930, André Tubeuf collabore aux magazines Le Point et Classica-Répertoire. Il est l´auteur de romans et de nombreux ouvrages sur la musique.

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