Don Pasquale de Donizetti

"Don Pasquale" à l'Opéra Garnier (juin 2018) : Ernesto (Lawrence Brownlee), Don Pasquale (Michele Pertusi), Malatesta (Florian Sempey) / © Vincent Pontet (OnP)

« Don Pasquale » à l’Opéra Garnier (juin 2018) : Ernesto (Lawrence Brownlee), Norina (Nadine Sierra), Don Pasquale (Michele Pertusi), Malatesta (Florian Sempey) / © Vincent Pontet (OnP)

On a peur dès le rideau levé (après une brillantissime Ouverture, timbres succulents, rythme parfait). Une sorte de baraque sans murs mais avec portes, avec du désordre dedans (une baignoire avec sa douche) et, bien complète, elle, une splendide auto blanche. Aïe ! Va-t-on nous refaire le coup de Denis Podalydès au TCE il y a quelques saisons, nous situant Don Pasquale dans un garage, idée théâtrale la plus fâcheuse qui soit ? Non. Le véhicule ne sert qu’à se faire cochonner par un neveu déshérité.

"Don Pasquale" à l'Opéra Garnier (juin 2018) : Malatesta (Florian Sempey), Norina (Nadine Sierra), Don Pasquale (Michele Pertusi) / © Vincent Pontet (OnP)

« Don Pasquale » à l’Opéra Garnier (juin 2018) : Malatesta (Florian Sempey), Don Pasquale (Michele Pertusi), Norina (Nadine Sierra) / © Vincent Pontet (OnP)

Le fait est que le dispositif, notamment ses portes, est ingénieux au possible, permettant le rythme scénique endiablé qui suivra sur le plateau. Mais est-il nécessaire de se compliquer à ce point la vie ?

"Don Pasquale" à l'Opéra Garnier (juin 2018) : Norina (Nadine Sierra) / © Vincent Pontet (OnP)

« Don Pasquale » à l’Opéra Garnier (juin 2018) : Norina (Nadine Sierra) / © Vincent Pontet (OnP)

Don Pasquale est un pur bijou, sans nul doute ce que l’opéra bouffe a fait de mieux, au dessus même du Barbier, par la mélancolie souveraine de son nocturne et des coloris d’instrumentation à fondre. Les obbligati du cor sont impayables d’opportunité et de grâce. Ce n’est pas pour rien que Bruno Walter chérissait l’œuvre entre toutes, et la montait partout, quand il avait les chanteurs. Il aurait aimé ceux d’ici, qui sont irréprochables (et souvent mieux que cela). Mais il les aurait fait chanter autrement ! Et d’abord il n’aurait pas toléré que des astuces et gags de mise en scène gâchent la pure merveille qu’est l’enchaînement de la sérénade d’Ernesto et du nocturne à deux voix, Tornami a dir, qui est un enchantement vocal et musical de premier ordre. Il faut bien le dire, les gens riaient à voir alors Norina prendre des poses de cinéma, bien inutiles ici, et ne pensaient même pas à écouter. Quant à la sérénade (Ernesto), Lawrence Brownlee l’avait excellemment chantée, mais invisible et à demi audible seulement. Tant pis. Le spectacle a été ovationné, et il en a tous les éléments. Mais les spectateurs se seront retirés avec l’impression d’avoir assisté à une farce, bien rigolé, et entendu entre temps.

"Don Pasquale" à l'Opéra Garnier (juin 2018) : Don Pasquale (Michele Pertusi), Norina (Nadine Sierra) / © Vincent Pontet (OnP)

« Don Pasquale » à l’Opéra Garnier (juin 2018) : Don Pasquale (Michele Pertusi), Norina (Nadine Sierra) / © Vincent Pontet (OnP)

On dirait qu’en opéra, désormais, on a honte du chant. Il faut qu’il se passe quelque chose, autre chose, en même temps. Ernesto (encore lui, martyr) passe son air magnifique à bourrer et vider un sac de vêtements. Norina fait du cinéma, et ça lui meuble (y compris d’une vieille armure de fer blanc) Qual guardio il Cavaliere… Croit-on le public incapable de se tenir tranquille les trois ou quatre minutes d’un air qu’il est venu pour entendre ? A-t-on peur de lui montrer des personnages vêtus comme ils sont supposés l’être ? C’est un bijou de précision, un tel opéra bouffe : le moindre détail y compte, il est imprudent d’en changer les données.

"Don Pasquale" à l'Opéra Garnier (juin 2018) : Norina (Nadine Sierra), Don Pasquale (Michele Pertusi), Malatesta (Florian Sempey) / © Vincent Pontet (OnP)

« Don Pasquale » à l’Opéra Garnier (juin 2018) : Norina (Nadine Sierra), Don Pasquale (Michele Pertusi), Malatesta (Florian Sempey) / © Vincent Pontet (OnP)

Laissons la complainte. Elle revient et revient, comme on sait. Du moins, cette musique scénique irrésistible est-elle chantée fort bien, et jouée par des acteurs qui s’en donnent à cœur joie. Florian Sempey en Malatesta a la voix du Bon Dieu et chante sur sa verve, sa faconde naturelles ; bravo, pourvu que ça dure ! Michele Pertusi en Pasquale est plus économe de timbre, parfaite silhouette de ganache, admirable dans ses récitatifs. Splendide duo syllabique avec Malatesta. On a dit le bien qu’on pensait du ténor. Nadine Sierra (Norina) a tout, la voix, les aigus, les allègements quand il faut, une silhouette de rêve (et des robes qui vont avec). Elle en fait juste un peu trop, laissant la voix lui échapper, devenir un instant criarde. La mise en scène de Mr Damiano Michieletto va comme le vent, avec de vraies trouvailles et un endiablement qui par lui-même est une joie. Mais un rien de simplification ne ferait pas de mal. Evelino Pidò et l’orchestre : parfaits.

"Don Pasquale" à l'Opéra Garnier (juin 2018) : Norina (Nadine Sierra), Don Pasquale (Michele Pertusi), Malatesta (Florian Sempey) / © Vincent Pontet (OnP)

« Don Pasquale » à l’Opéra Garnier (juin 2018) : Don Pasquale (Michele Pertusi), Norina (Nadine Sierra) / © Vincent Pontet (OnP)

Palais Garnier, 6 juin 2018

A propos de l'auteur

André Tubeuf

André Tubeuf

Né à Smyrne en 1930, André Tubeuf collabore aux magazines Le Point et Classica-Répertoire. Il est l´auteur de romans et de nombreux ouvrages sur la musique.

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