Brahms en chambre, et en gloire

François-Frédéric Guy (© Mariona Vilaros)

François-Frédéric Guy (© Mariona Vilaros)

Un petit avant-goût en avait été donné au Théâtre des Champs-Elysées par François Frédéric Guy donnant au même programme (et dirigeant l’Orchestre de Chambre de Paris) Mozart, le 22e, et Brahms, l’immense Deuxième. Perspective intimisée, par force : et splendide façon de montrer ce que le corpus symphonique de Brahms gagne à n’être pas voulu inutilement spacieux ; cherchant les vues, pas la trop vague et sonore vision.

Paris aime Brahms ; on le sait. André Furno aussi, qui, il y a des âges, à Pleyel, montait un fabuleux parcours symphonique Brahms avec Abbado, Pollini et autres lumières. Il vise plus difficile, et plus haut, en proposant au Théâtre des Champs-Elysées une intégrale de la musique de chambre, en huit soirées (quatre groupes de deux) qui s’étaleront jusqu’à juin. Ce sont œuvres plus intimes, plus austères aussi, qui ont renoncé à tout ce qui peut être entendu comme flatteur. Les instruments rassemblés sont exposés à nu ; pas plus de cinq pour l’instant, les étonnants sextuors viendront plus tard : et eux sont pour cordes seules, ce qui est un autre exercice. Bien des jeunes, tout à fait pleins de talent, s’assemblent volontiers désormais pour lire ensemble les merveilles de la musique de chambre, Schubert et Brahms en tête. Lectures enthousiastes, et qui peuvent être enthousiasmantes, car les œuvres le sont. Secrètes, discrètes, et d’immense vision si on leur trouve et maintient leur ton, leur manière de voir grand. Ce ne sont pas de ces brillants assemblages d’un soir qu’André Furno a réunis : mais les musiciens d’orchestre les plus costauds, les plus maîtres de leurs moyens qui soient, de leur tradition aussi, et de leur écoute mutuelle. Il les a pris à Berlin tout simplement. Et dans le vivier des Philharmoniker. Un sérieux est garanti ainsi, un mépris de plaire, et une dévotion adulte, brûlante, au Maître qu’ils servent de toutes les ressources.

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La première soirée débutait par la Sonate pour alto et piano opus 120, œuvre du tout dernier crépuscule, décantée, exigeante, qui veut qu’on tende l’oreille et récompense par d’inimaginables beautés instrumentales, qui n’ont pas besoin de s’épanouir en mélodies mais (et c’est le secret de Brahms), simplement, chantent. Ce chant instrumental ! L’alto d’Amihai Grosz !! Quel bain de sévère et presque silencieuse pureté ! L’alto, avec les relances au piano de Sunwook Kim, cela nous met au cœur même de Brahms, autrement pressant et présent que dans les œuvres orchestrales plus extériorisées.

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Le Trio pour violoncelle, clarinette et piano suivait (avec la clarinette simplement ensorcelante de Wensel Fuchs. Lui, on l’entendra demain, dans le Quintette qui pourrait bien être, par élévation et pénétration, magie d’automne aussi, peut-être bien le sommet de toute musique de chambre possible. Le premier soir on aura eu le Quintette pour piano, si légitimement populaire, et dont la dimension symphonique et l’impact public éclatent, résonnent à chaque instant.

Marquez les dates. Les 15 et 16 janvier les Quatuors, avec Leonskaya et les cordes de Berlin ; puis avril ; puis encore mai. Ce parcours Brahms d’automne à printemps est un merveilleux fil qui nous est tendu. Quel beau projet !

Théâtre des Champs-Elysées, 14 et 15 octobre 2018

A propos de l'auteur

André Tubeuf

André Tubeuf

Né à Smyrne en 1930, André Tubeuf collabore aux magazines Le Point et Classica-Répertoire. Il est l´auteur de romans et de nombreux ouvrages sur la musique.

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