La Traviata de Verdi au Théâtre des Champs-Elysées

"La Traviata" au Théâtre des champs-Elysées (19.11.2018) : Vannina Santoni (Violetta) / © Vincent Pontet

« La Traviata » au Théâtre des Champs-Elysées (19.11.2018) : Vannina Santoni (Violetta) / © Vincent Pontet

On avoue qu’on y allait presque à reculons. Une Traviata de plus !! Une grande metteure en scène, certes, Deborah Warner, mais des rumeurs d’hôpital, de déambulateurs et crachoirs, accessoires qui ne sont pas extérieurs au génie de La Traviata, certes, mais qui d’avance faisaient un peu peur. Un petit cast d’ailleurs, rien que de l’impeccablement convenable, rien qui fasse courir non plus. En vérité, si les troubles de rue venaient annuler la représentation du dimanche en matinée, la dernière, on n’en ferait pas un drame.

"La Traviata" au Théâtre des Champs-Elysées (19.11.2018) : Vannina Santoni (Violetta) / © Vincent Pontet

« La Traviata » au Théâtre des Champs-Elysées (19.11.2018) : Vannina Santoni (Violetta) / © Vincent Pontet

Imprévisibilité de l’opéra en direct, glorieuse incertitude du sport. La Traviata du TCE a été, et d’assez loin, la meilleure, la mieux équilibrée, la plus authentique qu’on ait vue depuis une bonne vingtaine d’années (et pas à Paris seulement). Et l’ovation faite au spectacle tout entier, mais plus expressément à Vannina Santoni, la Violetta, est ce qu’on a vu de plus chaleureux, spontané et nourri depuis un bon bout de temps aussi. Une chaleur qui est celle du remerciement. Gratitude pour une grande œuvre sur aucun plan malmenée, servie par la metteure en scène, et formidablement incarnée par une interprète qu’on avait toujours connue très bonne mais qui, ici, carrément éclate. L’ovation saluait une magnifique chanteuse classique, et la consacrait star.

"La Traviata" au Théâtre des champs-Elysées (19.11.2018) : Saimir Pirgu (Alfredo) & Vannina Santoni (Violetta) / © Vincent Pontet

« La Traviata » au Théâtre des champs-Elysées (19.11.2018) : Saimir Pirgu (Alfredo) & Vannina Santoni (Violetta)
© Vincent Pontet

"La Traviata" au Théâtre des Champs-Elysées (19.11.2018) : Vannina Santoni (Violetta) & Marc Barrard (Baron Douphol) / © Vincent PontetPas un moment Vannina Santoni n’outrepasse ses moyens. Les couleurs, expressivement indispensables à Violetta, elle en a toute une palette dans sa voix claire, mais n’en rajoute pas à fins expressionnistes. De bout en bout elle chante comme ce qu’elle est en vérité ; un sublime instrument de musique. La phrase et l’inflexion de Verdi, le legato de ce qui est tenu, et de ce qui est filé, tout cela était d’abord une leçon de musique et, en termes de théâtre, de simplicité et de vérité. Puisse cette splendide chanteuse, qui vient de franchir un seuil, ne pas aller inutilement vite. On aime que Paris la réentende prochainement dans Pamina et la Comtesse. À Monte Carlo elle aborde Antonia. Cette sensibilité discrète mais vibrante jusqu’au bouleversant mérite qu’on lui jonche son chemin de roses.

Ci-contre : Vannina Santoni (Violetta) & Marc Barrard (Baron) en veste blanche / © Vincent Pontet
 

"La Traviata" au Théâtre des champs-Elysées (19.11.2018) : Laurent Naouri (Baron Douphol) & Vannina Santoni (Violetta) / © Vincent Pontet

« La Traviata » au Théâtre des Champs-Elysées (19.11.2018) : Laurent Naouri (Baron Douphol) & Vannina Santoni (Violetta)
© Vincent Pontet

Un très bon Saimir Pirgu (Alfredo) sans surprise, Laurent Naouri extrêmement contrôlé en Germont Père, le luxe d’un Marc Barrard en Baron, un grand raffinement de timbres offert d’entrée de jeu par Jérémie Rhorer et son Cercle de l’Harmonie, quelle bouffée de bonne chaleur en ce début d’hiver. Merci surtout à Deborah Warner d’avoir renoncé à trop d’accessoires et tout centré sur l’essentiel. Avec une pareille Violetta, on peut !

"La Traviata" au Théâtre des champs-Elysées (19.11.2018) : Saimir Pirgu (Alfredo) & Vannina Santoni (Violetta) / © Vincent Pontet

« La Traviata » au Théâtre des Champs-Elysées (19.11.2018) : Saimir Pirgu (Alfredo) & Vannina Santoni (Violetta)
© Vincent Pontet

Théâtre des Champs-Elysées, 9 décembre 2018

A propos de l'auteur

André Tubeuf

André Tubeuf

Né à Smyrne en 1930, André Tubeuf collabore aux magazines Le Point et Classica-Répertoire. Il est l´auteur de romans et de nombreux ouvrages sur la musique.

Laisser un commentaire