Motets de Jean Sebastien Bach

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Il y a des soirées de musique en concert, et Dieu merci elles ne sont pas trop rares, qui nous mettent tout près du ciel. Le compositeur est pour beaucoup, certes, mais l’éclectisme à la mode nous dirait qu’Alkan c’est sussi bien que Liszt, ou Clementi que Scarlatti. Relativisons !

Avec Bach c’est autrement garanti : l’œuvre même porte sa part de ciel. Reste à l’interprète de la communiquer, sans, si possible, y ajouter ses propres états d’âme ou idiosyncrasies. Et là, Bach résiste de toute façon mieux que d’autres. Ce n’est pas rare qu’une soirée de musique avec Raphael Pichon et son Ensemble Pygmalion nous mette près du ciel. Plus près, en vérité, que nous ne le méritons. Le programme qu’il offrait, les Six Motets de Bach plus quelques morceaux invités intercalaires, est d’un ascétisme foudroyant. Pas d’instrument obbligato pour des volutes, pas de vocalises pour une voix solo virtuose, rien de décoratif comme, Passions et Cantates en comportent plus d’une fois. La nudité. La pureté. Le chœur, fabuleux, qui semble chanter a capella, et le fait avec un lyrisme, une émotion, un enthousiasme, une faconde rythmique vertigineuse. Et Pichon, monté comme à ressorts sur ses longues jambes, mouillant sa chemise et même la trempant, toujours agile et inspirant le mouvement exact, le contrôlant, avec un sang froid lui aussi vertigineux, mais où l’évidence de l’amour balaye tout. De lui on n’a pas entendu soirée Bach aussi pure, à la fois ascétique et jubilante. Le ciel en vérité !!

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S’intercalaient, avec modestie et formidable présence, Gabrieli, Bertolusi, Praetorius. Rien  que du bref et de l’admirable, Pichon osant pratiquement les enchaîner à Bach sans transition, le climat différent s’installant avec une instantanéité et une évidence qui laissent bouche bée. Quant à  Bach… Entendre ses diverses façons de chanter Alleluia appelle de notre part un Alleluia de plus.

Bonne action, et émerveillement absolu : en bis nous avons eu une page de Mendelssohn, à qui Bach doit tant, et qui doit tant à Bach. Morceau choral d’une pureté et d’une transparence bouleversantes, sans l’allégresse et la jovialité rythmiques que chez Bach transfigurent toute tristesse. Le reste nous mettait peut-être au ciel, mais on aurait voulu écouter ce Mendelssohn à genoux. Merci, Raphael ! Et  revenez, continuez !

Cité de la Musique, 17 décembre 2018

A propos de l'auteur

André Tubeuf

André Tubeuf

Né à Smyrne en 1930, André Tubeuf collabore aux magazines Le Point et Classica-Répertoire. Il est l´auteur de romans et de nombreux ouvrages sur la musique.

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