Le blog-notes de Claude Samuel Un opéra pour la télévision – Britten, le contestataire – Un solo de trompette – Les jeunes de l’Académie – Mes généraux

Benjamin Britten (1913-1976), l’apôtre de la non-violence (DR)

Benjamin Britten (1913-1976), l’apôtre de la non-violence (DR)

La guerre, sous toutes ses formes, est l’une des tartes à la crème de l’opéra, où l’on se massacre sous une pluie de vocalises. Et, à ma connaissance, aucun compositeur sérieux n’a boudé, par principe, ce passage obligé. Ou avait boudé, jusqu’à l’irruption de Benjamin Britten sur la scène lyrique internationale. Non seulement Britten a tourné le dos à son Angleterre natale lors de la dernière guerre et gagné les Etats-Unis en compagnie de son compagnon (et interprète) le chanteur Peter Pears, mais il s’est ouvertement déclaré « objecteur de conscience. » Et lorsque la BBC lui proposera, vingt-cinq ans plus tard, de composer un opéra pour la télévision, il choisira l’adaptation d’une nouvelle d’Henry James qui met en scène un jeune garçon adepte de la non-violence.

C’est le thème de cet Owen Wingrave (du nom du jeune garçon qui « déshonore » les valeureux ancêtres de la famille) monté à l’Opéra de Paris, et apparemment pour la première fois en France, pour une courte série de représentations. Le livret, habilement agencé, est signé de la critique d’art Myfanwy Piper, déjà responsable de l’adaptation du Turn of the Screw (Le Tour d’écrou, également d’après James) qui, pour de bonnes raisons, fait partie du répertoire international. Mais, comme toujours, l’opéra à thèse montre les limites de l’exercice. Et les querelles familiales autour de cette brûlante question, même alimentée par une histoire d’amour, auraient quelque peine à retenir notre écoute, si la musique de Britten n’y apposait sa signature, identifiable en trois mesures. Le langage musical est classique, mais très joliment mis en situation, jusque dans l’utilisation raffinée, très personnelle des couleurs instrumentales, où un solo de trompette agit sur nos oreilles comme une piqure de rappel.

Le cru 2016
Il s’agit, en finale, d’une œuvre mineure qui ne concurrencera pas la popularité de Peter Grimes ou du Songe d’une nuit d’été. Mais, et c’est un autre de ses mérites, qui a mis en évidence le très haut niveau de qualité des interprètes d’un soir : l’Orchestre-Atelier Ostinato, impeccable, dirigé par Stephen Higgins, et les jeunes chanteurs en résidence à l’Académie de l’Opéra, dont, chaque année, à l’occasion de la rituelle soirée à Garnier, j’apprécie le haut niveau de professionnalisme et toutes les promesses d’avenir. Le cru 2016 est digne des précédents, et toujours aussi international avec la Camerounaise Elisabeth Moussou, le Polonais Piotr Kumon dans le rôle-titre, le Russe Mikhail Timoshenko, la Bulgare Sofija Petrovic, l’Egyptienne Farrah El Dibany, l’Espagnol Juan de Dios Mateos Segura, les Français Laure Poissonnier et Jean-François Marras. J’aime ces voix jeunes, et cette faculté de prise de risques qui, souvent, disparaît au cours de la carrière…

Derrière la porte, l’univers fantomatique de Britten… (© Studio j'adore ce que vous faites / OnP)

Derrière la porte, l’univers fantomatique de Britten… (© Studio j’adore ce que vous faites / OnP)

Les uns et les autres, sans doute moins à l’aise scéniquement que vocalement, sont installés non sur l’une des scènes classiques de la maison mais sur le plateau de l’Amphithéâtre Bastille, une proximité qui permet de préserver la vérité des sentiments et leurs moindres nuances. Mise en scène de l’Irlandais Tom Creed qui, devant le mur du fond (Trump aurait pu passer par là !) donne une belle vivacité à une action faite pour dépasser le discours politique.

Chez les militaires
À ce propos, je vous livre un souvenir particulier, lié à la célébration du cinquantième anniversaire de la fin de la guerre, dont le War Requiem de Benjamin Britten était l’un des plats de résistance. J’avais monté tout un week-end de manifestations qui devaient se dérouler dans divers espaces des Invalides, lieu militaire s’il en est. Et j’avais préparé l’événement au cours de quelques réunions au Ministère de la Défense. J’étais entouré d’une demi-douzaine de généraux, pas spécialement mélomanes mais très coopératifs. Lorsque j’ai  annoncé le choix du War Requiem, l’un d’eux m’interrompit et me lança : « Britten n’était-il pas objecteur de conscience ? » Mais mes généraux avaient l’esprit large et la manifestation fut un brillant succès.

Enfin, pour mieux connaître la vie et les œuvres de Benjamin Britten, vous avez le choix entre deux livres de qualité : l’excellent Benjamin Britten ou l’impossible quiétude de Xavier de Gaulle (publié à Actes Sud en 1996) ou, chez Buchet –Chastel, le très touchant Benjamin Britten ou le mythe de l’enfance de Mildred Clary, la magnifique et très regrettée British de France Musique.


mini-couv-diapason-dec
Retrouvez la chronique de Claude Samuel
dans le magazine Diapason de décembre 2016 :

« Ce jour-là, 1er octobre 1733 :
la création
d’Hippolyte et Aricie de Rameau »

A propos de l'auteur

genevieve

Laisser un commentaire