Le blog-notes de Claude Samuel 2017 : vœux et centenaires – De Lou Harrison à Leonard Bernstein – De Monn à Gade – Claudio Monteverdi ! – Le scandale de Parade

Claudio Monteverdi (1567-1643). S’il n’a pas inventé l’opéra, il en est chronologiquement le premier génie. Portrait par Bernardo Strozzi – vers 1630.

Claudio Monteverdi (1567-1643). S’il n’a pas inventé l’opéra, il en est chronologiquement le premier génie.
Portrait par Bernardo Strozzi – vers 1630.

Que cette nouvelle année vous soit douce, c’est naturellement le premier message que j’adresse en ce 6 janvier à tous ces blogueurs-mélomanes que je croise parfois au hasard d’un concert, également à ceux qui me font un petit signe d’amitié via le courrier électronique.

Question inévitable : sur quel centenaire, bi- ou tri-centenaire nos organisateurs de concert peuvent-ils compter cette année pour monter de brillantes manifestations commémoratives ? Pour tout dire, pas le moindre Beethoven, Mozart, Chopin à l’horizon. Il faudra à nos organisateurs plus d’imagination et, sans doute, plus de culture. Je leur propose donc…

Nés en 1917 : le Français Jean-Etienne Marie, jadis l’homme du son à notre radio nationale et compositeur passablement oublié (quoique ayant figuré fugitivement au programme du Festival de Royan) ; le franco-russe Ivan Semenoff, auteur d’un Don Juan ou l’amour de la géométrie, à redécouvrir, je n’en doute pas ; et le coréen Isang Yun, qui fit partie de ce bataillon de compositeurs nippons installés au dernier siècle en Allemagne.

J’ajouterai à ce trio l’Américain Lou Harrison, un pionnier des musiques expérimentales, pacifiste et homosexuel revendiqué, impressionnant barbu qui jouait avec les sons du gamelan ; et son compatriote, un véritable héros de la musique nord-américaine, non moins fêté en terre européenne : Leonard Bernstein. Auteur de West Side Story, ce que personne n’ignore ; mais aussi créateur à Boston, le 2 décembre 1949, de la Turangalîla-Symphonie d’Olivier Messiaen…

Serge Koussevitzky est l’homme au canotier (au centre de la photo), à sa droite : Olivier Messiaen – Aaron Copland et le jeune Leonard Bernstein à sa gauche DR

Serge Koussevitzky est l’homme au canotier (au centre de la photo), à sa droite : Olivier Messiaen – Aaron Copland et le jeune Leonard Bernstein à sa gauche (DR)

À la trappe !
Plus loin dans le temps, j’ai noté la naissance en 1717 de l’autrichien Georg Matthias Monn, auteur de vingt-et-une symphonies passées à la trappe, mais dont Arnold Schoenberg adapta un Concerto pour violoncelle, de Johann Stamitz, moins connu que son fils Carl, quoique auteur de cinquante-huit symphonies et de Niels Gade, apprécié de Schumann mais peu joué en dehors de son Danemark natal.

frontispiece_of_lorfeoMais si l’on veut bien s’écarter des comptes ronds, voici tout de même du gros gibier, avec Claudio Monteverdi, dont je ne doute pas que le trois cent cinquantième anniversaire sera honoré à la hauteur de son génie. Ce madrigaliste inspiré contesté en son temps parce que trop moderne, a été longtemps considéré comme le père de l’opéra, grâce à son Orfeo créé à la cour de Mantoue en 1607 – titre contesté depuis qu’on a redécouvert l’Euridice de Peri, antérieure de sept ans… Pour ma part, je donne volontiers tous les Orfeo et les Euridice du monde pour le Couronnement de Poppée, premier chef-d’œuvre absolu du répertoire lyrique. Reverrons-nous les amours de Néron, les larmes d’Octavie, le triste sort de la malheureuse Drusilla, le suicide de Sénèque, en 2017 ?

Etourdissant
Enfin dans un registre passablement différent, j’ai plaisir à signaler la naissance d’Ella Fitzgerald, dont je réécoute les vieux enregistrements toujours avec la même délectation, et de l’étourdissant trompettiste Dizzy Gillespie.

La petite fille américaine de Parade qui se fit siffler…

La petite fille américaine de Parade qui se fit siffler…

Et puis, j’ai gardé pour la bonne bouche, le centenaire de Parade, « ballet réaliste » qui associa les noms de Picasso, de Jean Cocteau et d’Erik Satie le 18 mai 1917 au Théâtre du Châtelet et créa un scandale d’autant plus retentissant que nos braves petits soldats étaient au front… L’histoire se termina par un procès provoqué par une critique assassine d’un certain Jean Poueigh, critique à laquelle Satie répliqua sur une carte postale ouverte : « Ce que je sais, c’est que vous êtes un « cul » – si j’ose dire un « cul » sans musique. Surtout ne venez plus me tendre votre main de salaud. » Ce qui valut au compositeur, huit jours de prison et mille francs de dommages-intérêts — sans l’intervention de la princesse de Polignac, Satie aurait été une semaine sous les verrous et aurait dû vider le fond de ses poches, déjà très dégarnies…

Les Préludes flasques
Pour d’autres informations sur les pétards lancés par l’auteur des Préludes flasques (pour un chien), une vaste littérature est à votre disposition et, en priorité, les divers ouvrages d’Ornella Volta, l’éminente satiste italienne. En prime, une nouveauté dans la collection Actes Sud/Classica : l’Erik Satie de Romaric Gergorin, bourré d’informations et d’anecdotes savoureuses, mais je doute que Messiaen (page 136), dont l’humour n’était pas la vertu majeure, ait été séduit par le musicien de Parade.
 
 
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Retrouvez la chronique de Claude Samuel
dans le magazine Diapason de janvier 2017 :

« Ce jour-là, 1er juillet 1905 :
Gabriel Fauré nommé directeur du Conservatoire de Paris » 

 

 

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genevieve

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