Le blog-notes de Claude Samuel Une machine à jouir – L’Art Total – De Schnitzler à Wedekind – Colette et Ibanez – Le pèlerinage à Bayreuth – Lyon, ville wagnérienne

Richard Wagner (1813-1883), ici en 1871, odieux et fascinant, à l’orée d’un temps nouveau (1871). Ph. Franz Hanfstaengl

Richard Wagner (1813-1883), ici en 1871, odieux et fascinant, à l’orée d’un temps nouveau (1871). Ph. Franz Hanfstaengl

C’est grave, docteur ? Oui, explique Philippe Berthier, qui n’est pas médecin mais professeur émérite de littérature française à la Sorbonne Nouvelle, stendhalien et balzacien, et auteur d’un livre que viennent de publier les Editions Bartillat : Toxicologie wagnérienne, sous-titré Etudes de cas. La « quatrième de couv. » nous apprend que « Wagner est une maladie, qui a vite pris un essor pandémique », que « Nietzsche a été le premier à le dire, confirmé par Barrès, Claudel, Thomas Mann et tant d’autres » et que « les écrivains n’ont cessé d’être fascinés par cette formidable machine à jouir, dont la foncière obscénité est dédouanée par les plus hautes garanties de l’Art total, qui, ainsi que nul n’en ignore, élève et purifie tout ce qu’il touche »…

9782841006175Suivent les pièces à conviction, entre histoire et fiction : de « Tolstoï contre Wagner » à « Sigmund chez Tristan » en passant par « Tristan dilettante », sorti tout droit de Vienne au Crépuscule, ce beau roman d’Arthur Schnitzler, le Tristan de Thomas Mann ou la triste agonie d’une certaine Dame Klöteryahn, le Monstre sacré, qui nous renvoie au Chanteur d’opéra de Wedekind. Et, cerise sur le gâteau, le « Wagner en Beaujolais », nourri par l’homme des Décombres, le fasciste Lucien Rebatet qui fut condamné à mort à la Libération (et gracié) – référence aux Deux Etendards « l’un des romans les plus saturés, les plus surchauffés de wagnérisme qu’ait produits la littérature française », qu’il faut lire si l’on en croit François Mitterrand : « Il y a deux sortes d’hommes : ceux qui ont lu Les Deux Etendards et les autres »…

Oui, notre ancien Président aimait les livres et s’accommodait de certaines options politiques…

Claudine à Bayreuth !…
Au hasard des différents chapitres, on croise Colette, l’auteur des Claudine, qui, en compagnie d’Henri Gauthier-Villars (alias Willy), son mari de l’époque, fit à quatre reprises le pèlerinage de Bayreuth et consigna ses impressions dans son Journal d’un pèlerin à Wagneropolis (page 644 du premier tome des œuvres de Colette dans La Pléïade). On croise aussi Blasco Ibanez, l’homme des Arènes sanglantes, dont l’une des héroïnes comprend que la musique n’est pas « un moyen d’amuser les multitudes, de fournir à la femme le moyen de révéler sa beauté et de mener par le monde une vie de courtisane illustre », mais « une religion, la force mystérieuse unissant l’infini d’ici-bas à l’immensité qui nous entoure » ; Ibanez avait prénommé son fils Sigfrido !… Et, information intéressante, on apprend que la ville française la plus touchée par cette affection n’est autre que Lyon.

Là, on aime Wagner… L’Opéra de Lyon, avant le passage de Jean Nouvel…

Là, on aime Wagner… L’Opéra de Lyon, avant le passage de Jean Nouvel…

De vrais mordus
Ce qui ne me surprend guère : pour mon premier voyage à Bayreuth, j’accompagnais un groupe de JMF (Jeunesses Musicales de France) lyonnais, de vrais mordus entraînés par un vieux monsieur que les Filles du Rhin faisaient rêver mais dont le petit-fils, auquel il avait offert le voyage, fila à l’anglaise pendant L’Or du Rhin (au milieu des « chut » indignés) et reprit le premier train pour des contrées pas encore contaminées. Et c’est pour un Wagner (mais lequel ?) que L’Express m’envoya jadis à l’Opéra de Lyon, avant même que Louis Erlo ne prenne la succession de son oncle Paul Camerlo et suive les traces de Wieland Wagner…

Bayreuth/1957 - À l’un des entractes de la "Tétralogie", en compagnie de mes Lyonnais…

Bayreuth/1957 – À l’un des entractes de la « Tétralogie », en compagnie de mes Lyonnais…

Le Prix des Muses
Je conclurai ce blog de la wagnérite en constatant que les livres consacrés à l’auteur de la Tétralogie occupent cinq compartiments dans ma bibliothèque musicale, nettement plus que Mozart, et qu’ils sont régulièrement inscrits au palmarès du Prix des Muses, dont le sulfureux Wagner antisémite de Jean-Jacques Nattiez l’année dernière…

Enfin les wagnériens ont déjà noté que leur prochaine extase aura lieu à l’Opéra-Bastille du 18 janvier au 18 février avec Jonas Kaufmann, interprète de Lohengrin, remis après quatre mois d’arrêt maladie, mais on tremble….

Ensuite, du 18 mars au 5 avril, on retrouvera Tristan et Isolde revu et corrigé par Heiner Muller, à Lyon, bien entendu !
 
 
couv-janv-petite

Retrouvez la chronique de Claude Samuel
dans le magazine Diapason de janvier 2017 :

« Ce jour-là, 1er juillet 1905 :
Gabriel Fauré nommé directeur du Conservatoire de Paris »

 

A propos de l'auteur

Claude Samuel

Claude Samuel

Les commentaires de Claude Samuel sur l'actualité musicale et culturelle, étayés de souvenirs personnels.

Laisser un commentaire