Le blog-notes de Claude Samuel L’île déserte de Prospero – Le public de Favart – Le néo-classicisme, selon Stravinsky – La rigueur du drame shakespearien

Henry Purcell (1659-1695) est le grand homme de la musique anglaise, l’auteur d’un « Didon et Enée » qui fait partie du répertoire lyrique international.

Henry Purcell (1659-1695) est le grand homme de la musique anglaise, l’auteur d’un « Didon et Enée » qui fait partie du répertoire lyrique international.

Un certain 11 novembre, à Drury Lane

Un certain 11 novembre, à Drury Lane

C’est par une belle soirée énigmatique que l’Opéra-Comique vient d’entamer sa nouvelle saison. Enigmatique, cette construction qui bouscule tant Shakespeare, l’auteur de cette Tempête qui projeta sur une île déserte Prospero et sa fille bien-aimée Miranda, que le représentant majeur de la musique anglaise des temps passés, cet Henry Purcell qui s’empara d’un drame familial pour imaginer l’une de ses nombreuses musiques de scène.

Miranda, vue par John William Waterhouse, représentant du préraphaélisme britannique

Miranda, vue par John William Waterhouse, représentant du préraphaélisme britannique

Une création originale
Ici, la reconstruction est totale : c’est la même histoire que racontent Katie Mitchell et Cordelia Lynn (respectivement responsables de la mise en scène et du livret), c’est la même musique qu’interprètent le Chœur et l’Orchestre Pygmalion sous la direction de Raphaël Pichon, mais, finalement, c’est une création originale que la Salle Favart propose à son public, réputé conservateur mais qui a tout de même bien évolué depuis les lointaines créations de Carmen, Louise et autres Pelléas… Fort heureusement, car Olivier Mantei, le patron de la maison, nous promet pour le mois d’octobre le Kein Licht de Philippe Manoury dont la musique, inspirée par la catastrophe de Fukushima, aurait risqué de blesser des oreilles timorées…

Mais il s’agit tout de même d’un signe des temps. On préfère oublier des exhumations qui, même réalisées avec le plus grand soin, nous renvoient à un passé suspect, au profit de la réactualisation de texte et de musique d’un autre temps. Dans une démarche souvent discutable mais sans aucun doute plus créative. Démarche finalement assez proche de ce néo-classicisme dans lequel se lança jadis Igor Stravinsky après avoir épuisé les potentialités révolutionnaires du Sacre.

Ces brèves réflexions faites, on ne peut qu’admirer un travail de professionnel qui se déploie sans fioritures, sans échappatoire décorative, dans la rigueur condensée du drame shakespearien.

Le révolver n’est pas d’époque, mais tout est permis dans les reconstructions... © Pierre Grosbois (Opéra-Comique)

Le révolver n’est pas d’époque, mais tout est permis dans les reconstructions… © Pierre Grosbois (Opéra-Comique)

La superbe musique de Purcell sort mieux qu’indemne de l’aventure. Elle bénéficie d’une distribution, scéniquement très engagée, vocalement impeccable. À noter la très touchante Miranda de Kate Lindsey et la douceur éplorée de Katherine Watson, l’épouse de Prospero, ce dernier rôle puissamment habité par Henry Waddington.

Cela dit, signalons aux profanateurs créatifs que l’œuvre de Purcell leur offre quelques autres semi-opéras (Roi Arthur, Fairy Queen, Indian Queen) — jolis terrains de jeu pour leur imagination.

Et signalons aussi à l’intention des mélomanes curieux que les Editions Galimard ont édité en 1995 un petit ouvrage, très joliment illustré, de William Christie et Marielle D. Khoury, Purcell au cœur du Baroque. À compléter avec le Henry Purcell de Claude Hermann, à défaut du Purcell de J.A. Westrup (1947 à La Flûte de Pan), très détaillé mais sans doute introuvable.
 
 
 
CouvDiapréduite (2)

Retrouvez la chronique de Claude Samuel
dans le magazine Diapason d’octobre 2017 :

« Ce jour-là, 13 novembre 1940 :
Première projection de Fantasia »

 

A propos de l'auteur

genevieve

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