Le blog-notes de Claude Samuel Le retour du vinyle – Jacqueline du Pré – Barenboïm et ses amis – Le coffret Warner – Une vente aux enchères Les Frères Jacques – Olivier Messiaen

Jacqueline du Pré (1945-1987) - Une grande violoncelliste foudroyée par la maladie (DR)

Jacqueline du Pré (1945-1987) – Une grande violoncelliste foudroyée par la maladie (DR)

Est-ce la revanche du conservatisme ? Le disque vinyle est de retour ! Non seulement vos chers vieux vinyles dont vous avez hésité à vous débarrasser il y a trois grandes décennies sont toujours sur le marché et, délicatement posés sur la platine que vous avez judicieusement conservée, ils ont préservé leur qualité sonore (et, hélas, leurs craquements..), mais les éditeurs, contre toute attente, continuent à enrichir nos collections… C’est ainsi que le label Warner Classics met sur le marché un coffret de cinq vinyles enregistrés entre 1965 et 1968 par une jeune violoncelliste qui est devenue une légende, Jacqueline du Pré.

Cello daddy
Enfant prodige, cette britannique née dans une île anglo-normande, qui joua à douze ans pour la BBC, fut à bonne école : élève de William Pleeth (qu’elle appelait « cello daddy ») à la très réputée Guildhall School of Music de Londres, elle bénéficia également des conseils de Pablo Casals à Zermatt et de Rostropovitch à Moscou. Puis elle entama la grande carrière internationale avec ses amis Itzhak Perlman,

Mariage de Jacqueline et Daniel en 1967 (DR)

Mariage de Jacqueline et Daniel en 1967 (DR)

Zubin Mehta, Pinchas Zukerman, et Daniel Barenboïm qu’elle épousa après s’être convertie au judaïsme. Malheureusement, dès le début des années soixante-dix, la maladie ralentit ses activités et elle avait quarante-deux ans lorsque la sclérose en plaques eut raison de son courage, de sa ténacité.

A-t-elle joué à Paris ? Je ne l’ai jamais entendue et quand je pense à cette femme merveilleuse frappée par le destin, je revois dans le hall de la demeure londonienne où Daniel Barenboïm m’avait donné rendez-vous, une chaise d’infirme. Terrible image qui ne me quitte pas depuis une quarantaine d’années…

Sir Edward Elgar (1857-1934). So british ! (DR)

Sir Edward Elgar (1857-1934). So british ! (DR)

De ce grand talent fauché trop tôt, il reste donc quelques gravures des années 65/68, rassemblées dans le coffret Warner, dont de grands classiques : le Concerto en ut majeur de Haydn couplé avec le Concerto en si bémol de Boccherini (le premier enregistrement du couple), le Concerto de Schumann (toujours Barenboïm à la baguette), le Don Quichotte de Richard Strauss, le très british Concerto d’Elgar avec le L.S.O. dirigé par Sir John Barbirolli (et, en prime, les Sea pictures du même Elgar avec Janet Baker). Nous avions oublié la qualité sonore que nous offre le vinyle ! Au service ici d’un rare plaisir musical.

Yvonne et Freddy (pour les intimes) DR

Yvonne et Freddy (pour les intimes) DR

 
Des raretés
Et si vous êtes toujours rallié au « 33 tours », cliquez sans attendre sur drouotonline.com et laissez-vous guider jusqu’au descriptif des 3.380 vinyles (mais il en reste suffisamment dans la maison pour les besoins de France Musique !) que Radio France a déjà mis en vente sur le site drouotonline.com. On y trouve quelques raretés :

Quatre 33 tours d’Yvonne Lefèbure, que j’ai souvent croisée au concert avec ses grands chapeaux au bras de Fred Goldbeck, son inénarrable mari, un danger public au volant… (mise à prix : 50 euros).

La pêche à la baleine, En sortant de l’école, Barbara…

La pêche à la baleine, En sortant de l’école, Barbara…

Bach et Stockhausen
Les Suites de Bach par Yo Yo Ma (50 euros)
Les Sonates et Partitas de Bach par Itzhak Perlman (80 euros)
Les magnifiques enregistrements de Scott Ross (1951-1989), le claveciniste canadien que j’ai invité pour un inoubliable récital Rameau,
Et une flopée de disques de musique contemporaine (six Stockhausen pour 30 euros, et Pierre Henry, et Terry Riley, et les Percussions de Strasbourg, jadis notre quotidien, aujourd’hui des documents historiques…)

Je suppose qu’ils sont vendus dans leur pochette d’origine, qui était parfois un véritable album. Je me souviens de la Collection Philips-Réalités (musique fournie par Philips, texte et maquette par la revue Réalités) pour laquelle j’ai écrit chaque mois quelque vingt feuillets de présentation (le premier de la série : les Symphonies 39 et 41 de Mozart dirigées par Bruno Walter, et dans la série dite « variétés » Les Frères Jacques chantent Prévert, et ce fut l’occasion de ma première rencontre avec le poète de Paroles

La discothèque de Radio France, dont j’ai souvent arpenté les rayonnages… (RF/Christophe Abramowitz)

La discothèque de Radio France, dont j’ai souvent arpenté les rayonnages… (RF/Christophe Abramowitz)

 
La Turangalîla
Je me souviens également du luxueux coffret du premier enregistrement de la Turangalîla-Symphonie d’Olivier Messiaen (avec l’Orchestre National dirigé par Maurice Le Roux et les dames Loriod en solistes) que j’ai initié pour le label Véga. Coffret entouré d’une soie rouge-violet (cardinalice), la couleur préférée du compositeur. Trente ans plus tard, alors qu’il existait sur le marché une vingtaine de version de la Turangalîla, nous l’avons réédité à Radio France, mais à l’économie…

C’était le temps du luxe, le temps du microsillon. À quand le retour du « 78 tours » ?
 
 
 
CouvDiapasonDéc2017

Retrouvez la chronique de Claude Samuel
dans le magazine Diapason de décembre 2017 :

« Ce jour-là, 21 juin 1967 :
la dissolution de la Société des Concerts »

A propos de l'auteur

Claude Samuel

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Les commentaires de Claude Samuel sur l'actualité musicale et culturelle, étayés de souvenirs personnels.

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