Le blog-notes de Claude Samuel Vœux ! – La musique consolatrice – L’Année Debussy – Claude de France – Et Wagner ? – Une magnifique correspondance – Et Gounod ?

Claude Debussy (1862-1918) Une (superbe) photo signée Nadar !

Claude Debussy (1862-1918) Une (superbe) photo signée Nadar !

À vous, chers blogueurs que je rencontre au hasard d’un concert, qui m’adressez, parfois, un message, et à vous que je ne connais pas mais auxquels je m’efforce, pour la huitième année, de faire passer un petit message hebdomadaire, tous mes vœux. Je ne vous souhaite que de belles choses (bonne santé, bonnes lectures, beaux concerts, etc.) et, pour les intrépides, belles balades à travers notre vaste monde si tourmenté.

Une curiosité : cette photo de Georges Duhamel déchiffrant des sonates avec le violoniste Marius Casadesus (DR)


Une curiosité : cette photo de Georges Duhamel déchiffrant des sonates avec le violoniste Marius Casadesus (DR)

« La musique consolatrice », titre d’un ouvrage de Georges Duhamel qui eut la gentillesse, il y a très longtemps, de me dédicacer sa si jolie Confession de minuit. Mais qui lit encore sa chronique des Pasquier ? Sa Géographie cordiale (et prémonitoire) de l’Europe où il note en 1931 : « Je suis sûr que de grands périls vont faire ou défaire l’Europe, que l’Europe n’a pas le choix, qu’il lui faut ou se déclarer ou mourir » ?… Ceci n’étant qu’un a-parté

L’homme de l’année
Si vous êtes mélomane (le « si », j’imagine, est superflu), votre homme de l’année sera Claude Debussy qui, décédé voici pile cinquante ans, est inscrit à l’annuaire des célébrations nationales. Il est mort après de longues souffrances, sans pouvoir achever sa série des Six Sonates pour divers instruments écrites en hommage aux musiciens français du XVIIIe siècle.

Pelléas, décors et costumes dessinés par Cocteau pour l’Opéra de Metz en 1962, et repris à Favart

Pelléas, décors et costumes dessinés par Cocteau pour l’Opéra de Metz en 1962, et repris à Favart

Car Debussy, décédé huit mois avant l’armistice, était un nationaliste, et le revendiquait, lui qui écrivait le 18 août 1914 à son éditeur Jacques Durand : « Depuis que l’on a nettoyé Paris de tous ses métèques, soit en les fusillant, soit en les expulsant, c’est immédiatement devenu un endroit charmant. » Oh !… À vingt-six ans, le jeune Claude de France fera un premier voyage à Bayreuth pour entendre Parsifal et Les Maîtres Chanteurs ; il y retournera l’année suivante. Mais, après ce passage obligé, le futur auteur de Pelléas comprendra que l’esthétique wagnérienne, même si elle enrichit son expérience de compositeur, est contraire à sa nature, et plus largement germanique, c’est-à-dire radicalement opposée à la tradition française qu’il revendique. Il écrira dans Monsieur Croche antidilettante : « Il faut chercher la discipline dans la liberté et non dans les formules d’une philosophie devenue caduque et bonne pour les faibles. N’écouter les conseils de personne, sinon du vent qui passe et nous raconte l’histoire du monde » … Et La Mer sera l’un des premiers chefs-d’œuvre du XXe siècle. Plus tard, il donnera (après-coup) des noms à ses Préludes pour piano : Le vent dans la plaine, Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir, Ce qu’a vu le vent d’ouest… À l’époque où Camille Saint-Saëns était une référence privilégiée, c’était un véritable appel à la dissidence.

L’ami Charles-Maire Widor, photographié par Paul Berger… (Bibliothèque nationale)


L’ami Charles-Maire Widor, photographié par Paul Berger… (Bibliothèque nationale)

Des atrocités
En 1915, au moment où il fut question d’ouvrir à Debussy les portes de l’Institut, Saint-Saëns écrira à son collègue Gabriel Fauré : « Je te conseille de voir les morceaux pour deux pianos, Noir et Blanc (sic) que vient de publier M. Debussy. C’est invraisemblable, et il faut à tout prix barrer la porte de l’Institut à un Monsieur capable d’atrocités pareilles ; c’est à mettre à côté des tableaux cubistes »… Or, en consultant la magnifique correspondance de Debussy rassemblée par François Lesure (2.328 pages aux Éditions Gallimard), on découvre non sans surprise qu’une semaine avant sa mort, dans un état de faiblesse extrême, Debussy avait signé (sinon écrit) un courrier adressé à son ami Charles-Marie Widor, Secrétaire perpétuel de l’Académie, pour faire acte de candidature ! Pour les détails de cette affaire bizarre, consulter les pages 2186 et 2187 de l’ouvrage précité…

untitledÉcrivains de talent
Il est vrai que tout debussyste doit se référer aux textes du compositeur. Au-delà de la correspondance dont l’élégance, la vivacité, l’acuité constituent la marque de fabrique, le petit recueil de Monsieur Croche anti-dilettante (édité aujourd’hui dans la collection L’Imaginaire de Gallimard) n’est pas moins précieux. Au rang des écrivains français de talent, nous avions déjà le très prolixe Berlioz. J’ajouterai, plus près de nous, Francis Poulenc. Des lectures qui ne cessent de m’enchanter.

Quant aux ouvrages consacrés à Claude Debussy, sa vie et son œuvre, ils occupent un grand rayon de ma bibliothèque. Des historiques comme le Claude Debussy et son temps de Léon Vallas (aux Éditions Albin Michel en 1958), et le Claude Debussy du musicologue d’Heinrich Strobel (qui fut, par ailleurs, le patron du Festival de Donaueschingen et le père spirituel de Boulez) sans omettre le Claude Debussy, sa vie, sa pensée du britannique Edward Lockspeiser (traduit chez Fayard en 1980). Enfin, je ne saurais trop vous recommander de fouiller chez les bouquinistes : avec un peu de chance, vous trouverez (Gallimard, 1944) le Claude Debussy du proustien René Peter, qui a recueilli dans son jus la parole du compositeur nous signalant, par exemple, que Debussy était taquin, et maniaque, qu’il roulait « le tabac de ses cigarettes dans une feuille de papier toujours non gommé qu’il aplatissait ensuite dans toute sa longueur sans l’humecter et sans que jamais le plus léger brin du contenu glissât à terre » Futile, me direz-vous… Enfin, un monument, le Claude Debussy de François Lesure (2003, encore Fayard), votre livre de chevet pour les douze prochains mois…

Et Gounod…
Toujours à l’enseigne des anniversaires, je reviendrai sur Charles Gounod (bicentenaire de sa naissance), l’incontournable auteur de Faust que je découvris à Garnier pendant mon adolescence et qui faillit me brouiller à jamais avec l’art lyrique. De Gounod, c’est La Nonne sanglante (quelles promesses !) que la Salle Favart nous offrira en juin prochain.
 
 
 
PetiteCouv Diap janvier2018 (2)

Retrouvez la chronique de Claude Samuel
dans le magazine Diapason de janvier 2018 :

« Ce jour-là, 26 décembre 1693 :
Louis XIV fait le choix de Couperin »

 

A propos de l'auteur

genevieve

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