Le blog-notes de Claude Samuel Concerts dans les musées – « Les Âmes sauvages » à Orsay – Ciurlionis, compositeur et peintre – Les pays baltes – Le duo Kremer-Argerich

Gidon Kremer en concert à Orsay pour rendre hommage à son pays natal, la Lettonie. DR

Gidon Kremer en concert à Orsay pour rendre hommage à son pays natal, la Lettonie. DR

Depuis que les musiciens s’intéressent à la peinture — Moussorgsky a offert, sans le savoir, une belle caution à cet art visuel avec ses Tableaux d’une exposition —, les musées sont largement habilités à satisfaire la mélomanie de leurs visiteurs. Et c’est une tâche à laquelle certains d’entre eux se consacrent avec zèle. Dans un lieu, parfois, qui ressemble comme deux gouttes d’eau à une salle de concert, et c’est le cas au Musée du Louvre où la programmation est à la fois riche et variée —, le Musée annonce déjà sur son site les manifestations de la rentrée avec « Vivaldi en fête » par l’Ensemble Jupiter et, le lendemain 26 septembre, Telemann et Bach dans la série des concerts de midi, parfaits pour les personnes qui, œuvrant dans le quartier, acceptent, tant est active leur mélomanie, de sacrifier leur déjeuner. J’aime cette formule que j’avais jadis mise en place avec succès dans une petite salle de la Maison de la Radio. De surcroît, l’entrée à ces concerts (retransmis en direct sur France Musique) était gratuite, ce que peut se permettre le service public.

De même au Musée d’Orsay (sinon la gratuité, réservée aux moins de 26 ans « résidents dans l’Union européenne »…) dont l’Auditorium accueille actuellement, en relation avec l’exposition « Âmes sauvages — le symbolisme dans les pays baltes », différents concerts ; ainsi, mardi prochain 29 mai, le récital de la pianiste lituanienne Muza Rubackyté, dans un programme largement balte, pimenté par quelques pages de Scriabine.

À l’occasion d’événements spéciaux, c’est dans la grande nef que se retrouvent les mélomanes. Somptueux lieu d’accueil, mais catastrophique pour le confort physique et auditif des pauvres mélomanes. J’y étais mardi dernier, assis sur un rebord de pierre (dure), d’où je n’apercevais même pas le sommet du crâne et la pointe du violon de Gidon Kremer, la vedette de la soirée.

La musique et les artistes musiciens demandent, à mon sens, plus d’égards… Et pourtant, chaque année, pendant la longue période des festivals, on se retrouve au fond d’une vieille église ou perdu dans une prairie où la musique est censée nous enchanter…

Quant à la musique, elle était à Orsay mardi dans la grande Nef, représentée par Arvo Pärt, un répétitif souvent joué dans nos festivals de création, Georgs Pelécis et Pēteris Vasks, inconnus au bataillon. Et Debussy à mi-parcours avec sa Danse sacrée et profane, contemporaine de la composition de Pelléas, superbe parenthèse poétique.

« La Mer », toile de Ciurlionis, contemporaine de l’œuvre éponyme de Debussy (Musée Mikalojus Konstantinas Ciurlionis)

« La Mer », toile de Ciurlionis, contemporaine de l’œuvre éponyme de Debussy (Musée Mikalojus Konstantinas Ciurlionis / DR)

Mais c’est ce Mikalojus Konstantinas Ciurlionis (1875-1911), ce compo- siteur et peintre dont m’a parfois parlé Messiaen, que je guettais, d’autant que je venais de voir quelques-unes de ses toiles au cours de la visite de l’expo. Mais on n’eut droit qu’à trois pièces, pour un total de cinq minutes, « arrangées pour orchestre à cordes ». Dommage !

Les voisins encombrants
Mais c’est tout de même une très bonne nouvelle que l’un de nos grands musées parisiens baguenaude hors des sentiers battus, mozartiens, schubertiens et autres.

Martha et Gidon, un duo d’enfer qui, pour notre bonheur, ont gravé quelques disques ensemble ! (Ph. Klaus Rudolph)

Martha et Gidon, un duo d’enfer qui, pour notre bonheur, ont gravé quelques disques ensemble ! (Ph. Klaus Rudolph)

À propos, savez-vous que les Pays baltes recouvrent trois pays, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie, dont l’histoire mouvementée a été marquée par deux voisins encombrants, l’Union Soviétique et l’Allemagne nazie qui revendiqua haut et fort en 1939 le « Couloir de Danzig » ?

Quant à Gidon Kremer, né à Riga en Lettonie, ancien élève de David Oïstrakh à Moscou, premier Prix au Concours Tchaïkovski en 1970, il est le créateur et l’âme de cette Kremerata Baltica qui s’est produite dans la grande Nef mardi dernier. Il est aussi le fondateur du fameux Festival de Lockenhaus et, dans les grandes occasions, le partenaire de Martha Argerich. Fidèle à ses racines.

 
 

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Retrouvez la chronique de Claude Samuel
dans le magazine Diapason de mai 2018 :

« Ce jour-là, 15 décembre 1838 :
Chopin et George Sand à Valdemossa

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Claude Samuel

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Les commentaires de Claude Samuel sur l'actualité musicale et culturelle, étayés de souvenirs personnels.

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