Le blog-notes de Claude Samuel Un centenaire – Fantasia – La coqueluche du Tout New York – Bernstein et Xenakis – Le Requiem de Berlioz

Leonard Bernstein (1918-1990), l’incontournable !

Leonard Bernstein (1918-1990), l’incontournable ! (DR)

Le centenaire de Leonard Bernstein a été dignement célébré en France, notamment à la Philharmonie de Paris pendant tout un week-end au cours duquel le jeune prodige, et rebelle, vénézuélien Gustavo Dudamel a dirigé son orchestre de Los Angeles. Au programme : les Chichester Psalms, œuvre composée sur le Livre des Psaumes de la Bible. Du Bernstein dur !

Cette semaine, Patrice Martinet, le directeur de l’Athénée, nous a offert dans son beau théâtre de la rue Caumartin une petite heure de Bernstein léger avec ce Trouble in Tahiti que cet homosexuel notoire griffonna en un quart d’heure au cours de son voyage de noces. Une pochade. Car Bernstein n’avait aucun complexe pour passer d’un répertoire à l’autre, à l’image de cette Amérique où tout est possible. Bernstein, auteur de West Side Story, certes, mais aussi de trois symphonies, dont la seconde, The Age of Anxiety, mérite bien son titre.

Les milieux musicaux français ont toujours été méfiants à l’égard de ce jeune premier, trop séduisant pour être honnête, mais il aura été la coqueluche du New York mondain. Il est vrai qu’il fut pendant onze ans le directeur de l’Orchestre Philharmonique de New York, cette illustre formation créée aux accents de la Cinquième de Beethoven en 1842, qui n’avait eu avant lui comme directeur que d’illustres européens, dont Gustav Mahler, Toscanini, Bruno Walter, et Leopold Stokowski, l’homme de Fantasia. Bernstein sera à la tête de la Philharmonie de New York le premier « american born » et, curieusement, son successeur direct sera Pierre Boulez, ce qui provoquera quelque panique dans les rangs des fidèles abonnés.

Edgar Varèse (1883-1965) - DR

Edgar Varèse (1883-1965) – DR

« Lenny »
Car il faut dire que la musique contemporaine post-schoenbergienne n’était pas la tasse de thé de celui que le Tout-New York appelait « Lenny ». J’étais à New York en 1964 quand Bernstein décida de répondre aux journalistes qui lui reprochaient son répertoire routinier, en programmant quelques pièces de musique « contemporaine ». En ce 2 janvier 1964, il avait choisi Atmosphères de Ligeti et Pithoprakta de Xenakis, et avant d’attaquer le Xenakis, il se tourna vers son public et prit la parole avec un évident plaisir : « My dear friends… Mes chers amis, vous allez entendre maintenant une œuvre de Iannis Xenakis, un compositeur grec installé à Paris. Une œuvre d’avant-garde. Vous risquez de ne rien comprendre. Rassurez-vous : moi non plus ! » Grands éclats de rire ! Le public était préparé au pire, il ne fut pas déçu…

Au cours de ce même séjour américain, j’ai rencontré Edgar Varèse dans son pavillon du 118 Sullivan Street où il vivait très isolé avec Louise, sa seconde épouse, qui avait traduit en anglais quelques célébrités de la littérature française, dont Stendhal, Proust et Rimbaud. Il n’avait jamais été joué à la Philharmonie, et ne s’en étonnait pas.

 1945 : le jeune Leonard Bernstein dirige déjà le Philharmonique de New York ! (DR)


1945 : le jeune Leonard Bernstein dirige déjà le Philharmonique de New York ! (DR)

Un chef sensationnel !
Je rappelle néanmoins que Bernstein avait été, le 17 juillet 1969 à Boston, le créateur de la Turangalîla-Symphonie d’Olivier Messiaen. « Un chef sensationnel », me dira Messiaen. Il était également un formidable « passeur », et ses émissions télévisées furent des leçons uniques de bonne communication culturelle.

Enfin, même si sa gestique a pu m’horripiler, il était le plus « physique » des chefs, bondissant comme un cabri sur son podium, électrisant ses musiciens. Il fit quelques rapides passages face à l’Orchestre National de France dont l’un, en septembre 1975, pour un programme Ravel, au cours duquel, pianiste à ses heures, il dirigea le Concerto en sol de son piano. Quelques jours plus tard, il dirigera aux Invalides, dans le cadre d’un « cycle Berlioz » que j’avais organisé, le Requiem, une œuvre de démesure qui convenait bien à son tempérament… Inutile de préciser que lorsque Lenny dirigeait, les musiciens de l’Orchestre National, réputés alors pour leur turbulence, étaient sages comme des images ! Souvenirs d’un autre temps…

 
 

ReduitCouvDiapJuin (2)
 
Retrouvez la chronique de Claude Samuel
dans le magazine Diapason de juin 2018 :

« Ce jour-là, 30 mai 1962 :
La création du
War Requiem de Benjamin Britten

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Claude Samuel

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Les commentaires de Claude Samuel sur l'actualité musicale et culturelle, étayés de souvenirs personnels.

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