Le blog-notes de Claude Samuel La Fête de la Musique – De Raymond Barre à Pierre Joxe – Une initiative de Françoise Nyssen – Les 1.300 orchestres de la Sistema

Jacques Lang et Madame Mitterand à la première "Fête de la musique" en 1982 - DR

Jacques Lang et Madame Mitterand à la première « Fête de la musique » en 1982 – DR

Jadis André Malraux, alors ministre d’état chargé des affaires culturelles, avait déclaré devant les députés à une époque où 80% des crédits de son ministère étaient versés dans les caisses de l’Opéra de Paris : « En ce qui concerne la musique, on ne m’a pas attendu pour ne rien faire. » Depuis ce temps, la musique a continué à coûter cher et les pouvoirs publics se sont toujours méfiés de ce gouffre financier permanent. Même Jack Lang, qui lança la Fête de la Musique sans se douter qu’elle continuerait encore à être célébrée trois décennies plus tard — non sans avoir modifié ses fondamentaux.

La première Fête de la musique était dédiée aux amateurs qui faisaient de la musique sur le pavé et, parcourant les rues de Paris en compagnie du Ministre et de Jack Ralite, grand mélomane, alors Ministre de la santé de François Mitterrand, je me souviens que nous étions tombés du côté de la Gare Montparnasse sur un jeune musicien qui, ayant balancé (délicatement) son piano par la fenêtre de son premier étage, continuait à jouer sur le trottoir… Bref, c’était la fête populaire qui avait remplacé les bals du 14 juillet de mon enfance.

Gustavo Dudamel, à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Vienne pour le fameux concert de Noël - DR

Gustavo Dudamel, à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Vienne pour le concert du Nouvel An 2017 – DR

Le miracle vénézuélien
Pourtant, en France, les politiques, exception faite pour un Raymond Barre qui allait régulièrement au concert dans sa bonne ville de Lyon et y somnolait, et Pierre Joxe (dont l’arrière-grand-père a fourni à Offenbach ses meilleurs livrets) qui me montra un jour dans son bureau de la place Beauvau le piano sur lequel il s’exerçait quotidiennement, n’ont jamais professé une mélomanie militante. Mais les Français viennent de découvrir à l’occasion d’un week-end à la Philharmonie le miracle vénézuélien, et Françoise Nyssen, notre actuelle ministre de la culture dont on a noté le témoignage d’admiration à l’égard du travail de la Sistéma, qui a fait surgir dans ce vaste pays de l’Amérique latine 1.300 orchestres et 1.120 chœurs d’enfants, vient d’adhérer publiquement à ce tsunami inattendu. Ce n’est pas surprenant de la part de la directrice des Editions Actes Sud, qui ont tant œuvré pour la musique et dont le père, Hubert Nyssen, avait brillé pendant plusieurs semaines devant un micro de France Musique quand je lui ai proposé de présenter à nos auditeurs son jardin secret. Et je n’oublierai pas avec quel soin le cher Hubert préparait ses causeries !

En 2016, le budget de la Sistema a été de 742 millions de dollars, deux fois et demi le budget du Metropolitan Opera ! Vive le Venezuela ! À la réserve près que si les gamins font quotidiennement leurs gammes, le président Maduro, digne successeur de Hugo Chavez, est un affreux dictateur comme un certain Staline qui fit jadis revenir Serge Prokofiev dans son pays avant de le tenir en cage. Pas un agitateur, Prokofiev était néanmoins considéré comme un rebelle, comme Gustavo Dudamel, qui poursuit une très brillante carrière de chef mais hors de son propre pays.

LivrePremier enseignement : l’amour de la musique passe par la pratique de la musique. Mieux encore : la pratique collective de la musique. Il faut de l’argent. Apparemment, on en trouvera…

Un livre, publié il y a quelques semaines aux Editions Stock, relate l’histoire de la Sistema. Son auteur, Vincent Agrech, mon collègue à la revue Diapason, s’est livré à une enquête de terrain approfondie et nous explique comment la musique est devenue au fil du temps et jusque dans les prisons « un gigantesque projet social et pédagogique. »

Dois-je dire que la lecture de ce livre, formidablement documenté et passionnant de la première à la dernière ligne, me laisse sceptique. Faut-il s’accommoder des dictatures quand elles travaillent pour la bonne cause ? On aimerait bénéficier de la liberté et, en prime, de l’argent pour que la musique prospère ? Utopie ?

 
 

ReduitCouvDiapJuin (2)
 
Retrouvez la chronique de Claude Samuel
dans le magazine Diapason de juin 2018 :

« Ce jour-là, 30 mai 1962 :
La création du
War Requiem de Benjamin Britten

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Claude Samuel

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Les commentaires de Claude Samuel sur l'actualité musicale et culturelle, étayés de souvenirs personnels.

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