Le blog-notes de Claude Samuel L’Ange de feu, de Brioussov à Prokofiev – Bouvard et Pécuchet à l’Espace Cardin – Le Dictionnaire des idées reçues

Gustave Flaubert (1821-1880) C’est à l’opéra de Rouen, sa ville Natale, qu’il expédia sa « Bovary », le soir d’une « Lucia di Lammermoor »

Gustave Flaubert (1821-1880) C’est à l’opéra de Rouen, sa ville natale, qu’il expédia sa « Bovary », le soir d’une « Lucia di Lammermoor »

Les salles de concert parisiennes ferment les unes après les autres. Vacances. Et, comme chaque année, on se retrouvera à Aix-en-Provence où la grande nouveauté ne sera pas mozartienne mais la traduction musicale d’un étrange roman du Russe Valéri Brioussov, L’Ange de feu, que Prokofiev a composé pendant les quelques mois qu’il passa en Bavière entre son malheureux voyage aux Etats-Unis, où son Amour des trois oranges fut malmené, et ses années parisiennes. Cet Ange de feu, contemporain de Wozzeck, dont les personnages surgissent de la sorcellerie médiévale, est l’une des œuvres majeures du répertoire lyrique contemporain. Quant au rôle de Renata, la possédée, il explose dans le délire, dès les premières mesures de la première scène.

Le décor, censé envoûter les spectateurs, de « L’Ange de feu » aixois…

Le décor, censé envoûter les spectateurs, de « L’Ange de feu » aixois…

Pratiques sacrilèges
Le 13 juillet à 19h30, Renata sera l’héroïne de la soirée au Grand Théâtre de Provence, mais aussi en direct, sur France Musique, ce même soir. Un conseil : avant d’écouter la musique de Prokofiev, lisez le roman de Brioussov, que les Editions (suisses) de L’Age d’homme ont réédité en 1983. Une rareté que Prokofiev alors intéressé par le grand courant symboliste a découverte dès sa jeunesse. Et Prokofiev fut fasciné par ce « roman véridique, où l’on parle de pratiques sacrilèges, d’astrologie, de goétie et de nécromancie »… Enfin, par la même occasion, découvrez, du même Brioussov, son curieux Mozart poste restante, un roman réédité en 1996 par les Editions Autrement

Changement de décor à Paris où l’Opéra affiche encore Boris Godounov et Don Pasquale et où le Théâtre de la Ville, installé provisoirement à l’Espace Cardin, donne quelques représentations de Bouvard et Pécuchet — texte de Flaubert (inachevé) adapté, mis en scène et joué par Jérôme Deschamps avec les réparties de Lucas Hérault — Jérôme Deschamps, un homme aux multiples talents que nous avons souvent croisé sur la scène musicale et dont le passage à la tête de l’Opéra-Comique nous laisse quelques savoureux souvenirs…

Bouvard et Pécuchet à L’Espace Cardin jusqu’au 11 juillet.

« Bouvard et Pécuchet » à L’Espace Cardin jusqu’au 11 juillet.

Son Flaubert est un régal, et donne l’occasion de lire (ou relire) le Dictionnaire des idées reçues, dont je vous propose un petit bouquet à la veille des vacances…

Artistes. Tous farceurs. Vanter leur désintéressement. Gagnent des sommes folles, mais les jettent par les fenêtres. Souvent invités à dîner en ville. Femme artiste ne peut être qu’une catin.
Baccalauréat. Tonner contre.
Critique. Toujours éminent – Est censé tout connaître, tout savoir, avoir tout lu, tout vu.
Entracte. Toujours trop long.
Italiens. Tous musiciens, traîtres.
Mandoline. Indispensable pour séduire les Espagnoles.
Musique. Fait penser à un tas de choses – Adoucit les mœurs. Ex. : La Marseillaise
Offenbach. Dès qu’on entend son nom, il faut fermer deux doigts de la main droite pour se préserver du mauvais œil. Très parisien, bien porté.
Opéra (Coulisses de) Est le Paradis de Mahomet sur la terre.
Orchestre. Image de la société ; chacun fait sa partie, et il y a un chef.
Piano. Indispensable dans un salon.
Paganini. N’accordait jamais son violon – Célèbre par la longueur de ses doigts.
Wagner. Ricaner quand on entend son nom, et faire des plaisanteries sur la musique de l’avenir.

Enfin, réflexion prémonitoire, Arts : sont bien inutiles puisqu’on les remplace par des machines, qui fabriquent même plus promptement…

A propos de l'auteur

Claude Samuel

Claude Samuel

Les commentaires de Claude Samuel sur l'actualité musicale et culturelle, étayés de souvenirs personnels.

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