ut pictura musica… sentita… Continuo XI.XI.XII

Dix pseaumes de David
Denis Grenier
Ecrit par Denis Grenier

Émission du dimanche 11 novembre 2012

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Ramée, RAM 1005, 2010

Seigneur, enten ma requeste, Claude Le Jeune

Chantez de Dieu le renom

Avec Claude Le Jeune, la musique savante du langage polyphonique du XVIè siècle illustre avec la sérénité et la ferveur de la prière la poésie des textes de l’Ancien Testament. Les voix de Ludus Modalis en homophonie et sans artifices chantent les Psaumes de la Réforme : les timbres sont clairs et naturels, et les lignes simples dans une tessiture restreinte composent ces pièces ponctuées de surprises par les différents points de rencontre que provoquent les mouvances de la ligne modale : l’instabilité née de la pertinence de la ligne anime ces courtes prières, et les anime de mouvements et de reflets colorés, comme s’ils répondaient aux couleurs des fresques, avec la vivacité équilibrée des rythmes antiques. La dynamique des voix pleines de vie exprime avec forte présence cet art savant de la Renaissance, aux accords parfois audacieux issus des glissements chromatiques, et ainsi, cette musique qui respecte les lois de la poésie antique, et de la polyphonie à quatre ou cinq voix est imprégnée d’un souffle et d’une réalité qui touche l’auditeur comme avec spontanéité dans une proximité de la voix à l’oreille.

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Claude Le Jeune

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http://yt.cl.nr/ilt6yxMj9CE

http://player.qobuz.com/#!/album/4250128510059

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Flora, 1409, 2012

The division viol, 1659,  Christopher Simpson

Accompagnée de la harpe triple, la violede gambe commence le discours dans le grave pour proposer une première phrase. Puis la Division Viol de Philippe Pierlot, appelée ainsi à cause de sa facture, de dimensions légèrement inférieures, et qui facilite le jeu d’improvisation, va entonner une suited’improvisations appelées diminutions avec traits rapides, mélismes, ornements, au-dessus d’une invention sur la basse continue tenue par la harpe, qui peut rentrer aussi en dialogue avec la viole.

Treggian’s ground Daniel Norcombe

Seule, la harpe commence, puis sur ce ground en arpèges, l’ornementation en diminutions, ou divisions ensuite se développe pour le plus grand plaisir de l’oreille et du corps qui entre dans l’écoute pleine d’animation, de variété et de finesse. Le jeu en écho, en arpèges brisés, en volutes se poursuit dans une diversité magnifique, et la viole ancienne 1621, de Philippe Pierlot réjouit et émeut celui qui y prête son attention.

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Otto Marseau van Schrieck, XVIIe siècle

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http://www.labelflora.net/fr

expédition gratuite dans le monde entier

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Musica Ficta, MF8014PR, 2012

Credi tu per fuggire,    Gabriel Bataille

Une introduction chantante et mélancolique est jouée à la viole de gambe accompagnée des cordes pincées du luth et de la harpe, puis la si belle voix au timbre clair, vive et pétillante, de Dagmar Saskova, reprend la mélodie en une suite de couplets au-dessus d’une basse continue qui sort de sa réserve pour chanter et improviser, et ainsi illustre de ses dessins le récit à la voix de soprano.

Canzona per basso solo detta la Superba,   Girolamo Frescobaldi

La viole de gambe, prolixe et dynamique, de Ronald Martin Alonso, poursuit une mélodie vive et aux lignes qui se renouvellent constamment, avec poésie et tonicité, et l’inventivité infinie peut faire entendre une vélocité du jeu, mais surtout la sensibilité affleure constamment avec générosité, et la musique est là.

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Simon Vouet, Les Muses Uranie et Calliiope, 1634

Washington D.C, National Gallery

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http://sites.radiofrance.fr/francemusique/em/jeunes-talents/emission.php?e_id=80000063&d_id=515000485

http://www.ensembleilfestino.com/sons.html

http://player.qobuz.com/#!/album/5410939801428

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Aparté, AP041, 2012

Sonate n° 5, sonatae a violino solo, Salzbourg,   Heinrich Ignaz Franz Biber

Le violon offre une palette d’émotions, élégamment accompagné par la viole de gambe et le luth, jusqu’à l’expression de notes rudes et répétées arrachées par l’archet, comme des cris, ponctués par la viole de gambe et le clavecin. Elle donnera lieu ensuite à un développement en diminutions au violon, brillant et touchant à la fois, joué par Domitille Gilon, avec la complicité du clavecin, puis à une suite de variations merveilleuses d’imagination, où l’élégante virtuosité disparaît derrière l’expression musicale d’une grande véracité, avec le pouvoir d’un art si convaincant, que la liberté et l’émotion nous atteignent jusqu’au plus profond.

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Heinrich Ignaz Franz von Biber

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http://www.dailymotion.com/video/xsx5xt_ensemble-stravaganza-concert-a-la-cour-des-habsbourg_music

http://player.qobuz.com/#!/album/3149028024227

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Mirare, MIR 9911, 2001

Letzte Sterbenworte,   Christian Spahn

Issu du monde germanique, un chant sur les dernières paroles prononcées avant de mourir témoigne d’émotions entières avec l’expression de la douleur et de la prière, et l’ensemble est rassemblé autour du contre-ténor pour un chant avec finesse et sentiments. Des profondeurs de l’être, une expression poignante est interprétée avec couleurs et expressivité, et les chromatismes qui dessinent à diverses reprises la ligne de basse s’allient avec juste mesure à l’émotion dans la voix.

Sonate,   Johann Adam Reincken

La musique de Reincken est d’une grande expressivité avec des moyens fort simples, au sein d’une composition construite qui s’adresse à la sensibilité et au goût du chant. L’interprétation est fort vivante, magnifique, aux sonorités colorées, et la vivacité musicale interpelle la tonicité et les sentiments de celui qui l’écoute, pour une émotion à fleur de peau.

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Francesco di Cristofano dit Franciabigio (Florence, 1482 – 1525)

Portrait d’homme, vers 1515

Paris, Musée du Louvre

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http://yt.cl.nr/Bew3umaahu0

http://player.qobuz.com/#!/album/3760020170110

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Atma, ACD2 2120, 1996

L’orgue français joue un Magnificat de Nicolas Geoffroy, avec les jeux de timbres, cornet en récit, jeux de fonds, entre les couplets entonnés par la voix de ténor, puis un dialogue sur les jeux d’anches, de trompette et tierce pour exprimer la jubilation, jusqu’au dialogue sur les grands jeux et trompette : la spécificité de l’orgue français du XVIIè siècle est ici honorée, au sein d’une belle acoustique et d’une prise de sons qui fait goûter la palette de timbres et leurs mélodies toniques et allègres, mais aussi la mélancolie du récit et ses ornements, au cornet rond et coloré, qui dialogue avec le cromorne cruchant, pour le plus grand plaisir des oreilles.

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http://player.qobuz.com/#!/album/0722056212021

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Ambronay, AMY007, 2006

Ce n’est pas jeu d’être si fortunée,   Pierre de La Rue

Un quatuor de voix aux timbres fort variés, chante cette mélodie, avec les entrées en canon, accompagné par les flûtes douces et les cordes frottées. La chanson française est ici de toutes couleurs, vives et miroitantes, et le charme de la polyphonie opère, avec ces dessins repris, déplacés, qui sont redessinés constamment.

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Ramée, RAM 1202, 2012

Concerto V,   Jean-Marie Leclair

L’ensemble aux violons au premier plan joue avec clarté le concerto de J M Leclair, à l’élégance et la brillance française du XVIIIè siècle. D’abord danseur, le compositeur devint un violoniste réputé, et son écriture riche et variée nécessite une certaine virtuosité pour qu’elle devienne musique. C’est un développement de fantaisie, pour une mélodie et les autres parties, qui fait entendre plusieurs plans de jeu, une profondeur de champ, comme le XVIIIè siècle le développera. Le dessin de la ligne n’est pas oublié, ni réservé à la ligne supérieure, et l’illustration à la basse continue donne à cette musique une allure pétillante et animée, que sert avec imagination et inspiration l’ensemble Les Muffatti.

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http://player.qobuz.com/#!/album/4250128512022

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Naïve, V 5264, 2012

Se non piange un non felice,   Joseph Haydn

L’inventivité de Haydn relie une complexité de la ligne mélodique à une certaine insouciance, et la mobilité, une valeur inhérente à l’opéra du XVIIIè siècle, est retrouvée dans la dynamique et la précision de l’interprète.

Voi che sapete che cosa è amor / Le Nozze di Figaro, Wolfgang Amadeus Mozart

La pétulance entendue dans l’opéra les Noces de Figaro retrouve l’esprit qui anime tout le jeu mozartien, avec la vivacité, le charme et presque une fébrilité dans cet air familier à nos oreilles.

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http://yt.cl.nr/nk0epmcrkdg

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Paradizo, PA011, 2012

TerpsichoreBallo III, Michaël Praetorius
L’ensemble Renaissance de Skip Sempé insuffle une vie intense à cette oeuvre de Praetorius : une dynamique pleine d’impulsion, avec des timbres choisis, des rythmes enlevés, un souffle pour ces mélodies au sein de la polyphonie Terpsichore, de la Muse de la danse. Le goût des instruments et de leurs couleurs, l’ornementation qui habille les mélodies, la musique comme un mouvement inépuisable, mais aussi l’émotion avec une puissance profonde, c’est à un véritable festin de musique que nous convie Skip Sempé et son ensemble, jusqu’à la magnificence.

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http://www.youtube.com/watch?v=H__WgOgH6CE

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Collaboration

Thérèse Bécue

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