ut pictura musica… ideale

Denis Grenier
Ecrit par Denis Grenier

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Anonyme

souvent attribué à Piero della Francesca

La Cité idéale

vers 1470 – 1490

Détrempe sur bois, 60 x 200 cm

Galleria Nazionale delle Marche, Urbino

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Image phare et symbole de la Renaissance italienne, La Cité idéale conservée à Urbino, dans le palais construit par l’architecte Luciano Laurana, à la demande de Federico da Montefeltro, condottiere anobli, représente les objectifs et les valeurs d’une société redécouvrant à travers les oeuvres d’art classiques et les textes anciens, les bases d’une société mettant l’homme au centre de ses préoccupations. À la sortie d’un Moyen Âge dominé par la théologie, les idées de Platon, de Vitruve, et d’autres font l’objet d’une nouvelle lecture jetant les base de l’humanisme. Cette recherche de vérité, de justice, d’un homme pacifié vivant dans l’harmonie et l’équilibre de la nature et de la culture n’est pas sans verser aussi dans l’utopie qu’illustrera à son tour l’érudit Thomas Moore en Angleterre au XVIe siècle.

La composition d’une symétrie parfaite fait voir une ville où différents édifices illustrent l’ordre qui règne entre ses citoyens, pourtant absents de la représentation picturale, dans un modèle social parfait tel que promu par Leon Battista Alberti, architecte, peintre, sculpteur, et théoricien. Dominée par les diverses nuances de blancs et de bleus, auxquels s’ajoutent gris et ocre, l’oeuvre est éclairée par une douce lumière, claire et cristalline. Une perspective géométrique rigoureuse marque une composition où les orthogonales convergent vers un point focal unique, ce que contestera bientôt Léonard, qui entend tenir compte que la vue se fait par la médiation des deux yeux,.

Cette recherche de l’idéal, à travers l’architecture peinte ne restera pas sans suites. Dès le début du XVIe siècle, l’architecte lombard Donato Bramante reprendra l’idée d’une construction à plan centralisé, symbolique des idéaux de la Haute Renaissance par ailleurs illustrée par son parent (neveu ?) urbinate le peintre Raphaël.

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Bramante, le Tempietto, Rome, San Pietro in Montorio, 1503-1510
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Autore Raffaello Sanzio
Data 1504
Tecnica Olio su tavola
Dimensioni 174×121 cm
Ubicazione Pinacoteca di Brera, Milano
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En musique, plusieurs compositeurs peuvent être rattachés au concept d’idéal, Johann Sebastian Bach et son oeuvre « parfait » n’en sont-ils pas un des exemples les plus probants ? Ainsi en est-il du classicisme, lequel en ses diverses expressions, se situe dans cette foulée, Mozart en constituant un sommet. La recherche de la Beauté absolue, filigrane de l’art en ses diverses disciplines, en procède… ceci jusqu’à l’abolition délibérée de certaines valeurs dites « bourgeoises » fondées sur des choix esthétiques qui seront contestés. Mais cela déborde notre ambitus éditorial dont 1800 consitue le « terminus ».

Identifiant visuel de l’émission Continuo, l’oeuvre n’indique pas une orientation unique du contenu, mais au contraire un principe de variété et d’universalité, de « cosmopolitisme » aussi, dans les nombreux choix musicaux pratiqués, tant en musique savante qu’en musique du terroir, voire à l’occasion des passerelles vers d’autres genres et métissages, y compris contemporains… sans oublier non plus la musique médiévale, elle-même d’une grande richesse.

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