ut pictura musica… Il Spiritillo Brando

Denis Grenier
Ecrit par Denis Grenier

 Il Spiritillo Brando   /   Andrea Falconieri   /   La Ritirata

 

 

L’horizon de l’aventure musicale de l’ensemble instrumental est évoqué par le nom qui lui a été choisi, La Ritirata, une invitation à la musique pour tous, comme celle de Luigi Boccherini avec la Ronde nocturne, La Ritirata di Madrid, lorsqu’il termine son quintette avec cette invitation à la musique et à la danse dans les rues de Madrid. Si le choix a peut-être été proposé par Josetxu Obregon, directeur de l’ensemble, violoncelliste enthousiaste et proche de la musique du compositeur Boccherini, l’ensemble d’instrumentistes, si musiciens, renouvelle un tel objectif avec cet ensemble de danses et de musiques de Cour, entre l’Italie de la Cour de Naples et l’Espagne, entre Renaissance et baroque.

Depuis le règne d’Alphonse V d’Aragon en 1443 sur le Royaume de Naples, devenu vice-royauté de la Cour d’Espagne en 1504, une vie artistique et raffinée se déploie à Naples dans une politique humaniste, avec musiciens et artistes, malgré l’histoire tourmentée de la région.

Il spiritillo brando donne à entendre en majorité des pièces de Andrea Falconieri, tirées du Il primo libro di Canzone, Sinfonie, Fantasie, Capricci, Brandi, Correnti, Gagliarde, Alemane, Volte per Violini, Viole overo altro Strumento a uno, due e tre con il Basso Continuo, édité en 1650 à Naples. Le compositeur a séjourné en Espagne dans les années 1620, ensuite luthiste à Parme, Florence, Modène et Gênes, puis luthiste de la chapelle du Vice-royaume de Naples entre 1639 et 1656.

Les œuvres portent des titres libellés dans une langue entre castillan et italien, telle qu’elle pouvait être pratiquée à Naples alors, pour les suites de variations, les mélodies aux rythmes divers et principalement les danses, telles que l’on pouvait les entendre et les voir jouer et danser à Naples : le choix varié des danses, dont le brando, ou branle, danse française de la Renaissance, informe sur les danses qui se pratiquaient à la Cour à cette époque. Dans le livre Etiquetas de la Corte de Napoles, de José Raneo, édité en 1634, on découvre les règles du cérémonial dans les festivités : ainsi, les danses avaient un caractère officiel, selon un protocole strict et une chorégraphie, qui désignaient les dames et gentilshommes qui devaient entrer dans la danse.

Cependant, c’est aussi la musique de Naples, et à la danse de Cour s’adjoint aussi l’esprit du Spiritillo, un lutin, ou esprit facétieux qui court d’une maison à l’autre et justifie les défauts de chacun. Naples n’est-elle pas entre Italie et Espagne, comme la composition de l’ensemble de l’enregistrement le souligne ?

L’ensemble La Ritirata sert avec enthousiasme ce double enjeu, du prestige en vogue à la Cour d’Espagne, et de l’esprit mutin napolitain, avec les formes musicales venues de diverses régions pour le goût de la variation et de rythmes animés, avec la liberté laissée aux interprètes du choix de l’instrument, en vigueur si souvent à l’époque, et telle qu’on la trouve dans le Livre de Falconieri : les pièces sont interprétées aux instruments, violon baroque, flûte à bec, guitare baroque, théobe, archiluth, orgue positif et clavecin, harpe triple et petites percussions, pour une grande diversité des timbres, et c’est une véritable réjouissance.

La composition de ce disque fait alterner des pièces de Ortiz, d’Andrea Falconieri, mais aussi des pièces de compositeurs espagnols comme Selma y Salaverde, Cabanilles, puis des pièces de violoncellistes de Bologne, de la Chapelle de la Basilique San Petronio.

Ces œuvres pour violoncelle permettent d’entendre cet instrument dans ses débuts d’instrument soliste, sur quatre cordes en boyau, actuellement filetées d’argent, accordées d’une autre manière qu’aujourd’hui, pour une résonance harmonique plus grande de la ligne mélodique.

Le respect de la pratique musicale sur des instruments d’époque, joués selon les traités qui sont accessibles aujourd’hui, est un principe sur lequel se fonde l’interprétation des musiciens de l’ensemble. Ainsi, Diego Ortiz, natif de Tolède, qui vint à Naples en 1558, rédige plusieurs traités, tel le Trattado de glosas sobre clausulas y otros géneros de puntos en la musica de violones nuevamente puestos en luz, publié en 1553, à Rome, en castillan et en italien, pour apprendre comment exécuter les diminutions ou differencias ou traits et ornementation pour le jeu de la viole de gambe ou vihuela de arco.

Si une ouverture à une certaine part de liberté anime le jeu des interprètes, avec l’expérience de répertoires divers, du jazz ou des musiques du monde et l’expérience de l’improvisation, elle préserve d’abord la fidélité à la musique du Seicento comme on la connaît actuellement. La vivacité et un ensemble de couleurs invitent véritablement l’auditeur au sein de cette musique. Avec une habileté technique sur l’instrument au service de ce qui sonne, entre l’Italie, le Royaume de Naples et la Péninsule ibérique, circule un mouvement incessant entre les divers rythme de danses, la mélodie et l’inventivité du trait et de l’ornement, une articulation souple et élégante de la phrase, du contrepoint d’un Ricercar à la liberté de la fantaisie, dans une diversité des timbres d’une riche panoplie, et se crée un espace de musique et de danse comme en mouvement perpétuel.

Thérèse Bécue

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http://youtu.be/NYRO31eg67o

https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=F6O-Khn9SYE#at=12

https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=0bfA_LLpvwQ#at=53

http://www.qobuz.com/album/ritirata-la-il-spiritillo-brando/8424562231016?qref=dac_2

http://www.laritirata.com/

La Ritirata

La Ritirata

Josetxu Obregon

Josetxu Obregon

Tamar Lalo

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Miren Zeberio et Raul Orellana

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Tamar Lalo et Miren Zeberio

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Daniel Zapico et Enrike Solinis

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David Mayoral

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