ut pictura musica… Continuo… Espana

Denis Grenier
Ecrit par Denis Grenier

Rediscovering Spain / Accademia del Piacere

Fantasías, diferencias & glosas

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L’Espagne des XVIè et XVIIè siècles est à redécouvrir dans une véritable effervescence musicale, avec des pièces de Gaspar Sanz, Antonio de Cabezon, Juan Cabanilles, et aussi Manuel Machado, Bartolomé de Selma y Salaverde, Francisco Guerrero, et Hernando de Cabezon, et quelques pièces anonymes, entre danses et fantaisies. Sans renier les données connues laissées par les témoignages et les partitions de la Renaissance et du premier XVIIè Baroque, les musiciens de l’ensemble, artistes espagnols et familiers de l’improvisation de cette époque en Espagne, ont pour objectif de jouer cette musique en retrouvant le jeu du musicien dans ces répertoires et sa part d’inventivité.

Le propre de la musique est d’être éphémère, un art de l’instant. N’est-elle pas alors l’impossibilité de la copie, de la répétition, et plutôt toujours un moment de création et d’invention par l’interprète, comme tout musicien y est confronté pour toute musique ?

Dans la musique ancienne, l’essentiel du travail des instrumentistes était d’apprendre comment improviser selon les codes en vigueur, avec les modèles de motifs que l’on retrouve dans divers manuscrits, et aussi en divers pays d’Europe, sur une ligne de plain-chant ou sur une basse obstinée, inventer un contrepoint ou jouer des variations ou diferencias et glosas, comme on peut en prendre connaissance en consultant les traités de Sylvestro Ganassi (Fontegara, 1535) ou celui de Diego Ortiz.

Avec le traité de Diego Ortiz, natif de Tolède, le Trattado de glosas sobre clausulas y otros géneros de puntos en la musica de violones nuevamente puestos en luz (publié en 1553, à Rome), rédigé pour apprendre les divers modes d’improvisation – dont l’art des diminutions ou diferencias pour le jeu de la viole de gambe ou vihuela de arco, ou traits tels que gammes rapides, trilles et motifs mélodiques – on découvre une somme de procédés pour une praxis des interprètes, en quelque sorte des exemples, ou standards Renaissance et Baroque, «donnant lieu à un grand nombre d’interprétations s’inscrivant ainsi dans la permanence du répertoire », ainsi qu’il est écrit à propos des standards de jazz, et une base pour jouer ensemble, c’est-à-dire improviser ensemble, en pleine connivence. Les variations écrites étaient bien souvent des improvisations écrites sur le vif, pour que des musiciens en les jouant puissent apprendre, et en tirer des leçons, comme le confirme Christopher Simpson dans The Division Viol (1659).

Interpréter n’était pas seulement faire une lecture à l’instrument, mais faire preuve d’un savoir-faire de l’instrumentiste qui fait des choix, des modifications, des ajouts spontanés à ce qui est noté sur la partition. Jouer avec beaucoup d’invention, … et saisir l’occasion de concerter à l’improviste, écrit Agazzari, dans Del sonare sopra’l basso, (Siena, 1607), avec le geste de transformer de manière inventive un texte donné en un moment de musique spontanée, en évitant la routine, sans perdre les références du discours musical, avec aujourd’hui l’obligation de la rigueur historique.

L’ensemble Accademia del Piacere, constitué ici avec des instrumentistes férus de l’improvisation, s’empare des fantaisies, motifs et glosas des compositeurs de l’Espagne du Siècle d’Or, adaptant l’instrumentation selon les instruments disponibles aux interprètes, cordes pincées et frottées, instruments à vent tels le cornet, la sacqueboute, la dulciane,… un petit orgue positif, des petites percussions, pour tisser avec les écrits des manuscrits leurs improvisations éphémères sur des chansons telles Suzanne, un jour, ou La dama le demanda, ou des musiques de danses, marionas, canarios, jácaras ou folías sur des basses obstinées. On peut entendre aussi une fantaisie sur Mille regretz, de Josquin, aux cordes pincées sous les doigts de Enrike Solinis, suivie d’une glosa sur cette même polyphonie, à la viole de gambe par Fahmi Alqhai. Une expérience de plusieurs années acquise au cours de divers concerts aboutit à un acte d’enregistrement, d’une qualité rare, effectué en studio, qualifié par Fahmi Alqhai de « mensonge merveilleux ». Il est vrai que l’Inventivité est un don de la Nature, mais qui s’améliore beaucoup par l’Exercice et la Pratique, Christopher Simpson, The division viol, 1659.

Ainsi, dans une suite de pièces jouées par des personnalités diverses pour des moments de musique à nul autre pareil, toute une aventure musicale est-elle parcourue pour offrir, avec une impulsion familière aux musiciens de jazz aujourd’hui, un bel hymne à l’Espagne de la Renaissance et du Baroque avec une musique qui palpite, pleine de vie dans une création nouvelle riche « de couleurs, de détails, de sentiments, de textures » et qui préserve l’essence intemporelle de la musique, une véritable invitation à la musique en train de se faire, au geste musical, à un art en continuelle créativité.

Thérèse Bécue

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JUIN 2013

JUIN 2013

Grupo Femas 2012
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General Vertical Femas 2012

Photos de Simón Noriega

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