ut pictura musica… sentita… Continuo XXIII.VI.XIII

Ut Pictura Musica
Denis Grenier
Ecrit par Denis Grenier

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Laurent de La Hyre,  Paris 1606 - 1656,   Allégorie de la Musique, 1649,  Huile sur toile, 105.7 x 144.1 cm,  New York, Metropolitan Museum of Art

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Émission du dimanche 23 juin 2013

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Eufoda, 1169, 1995

Eufoda, 1169, 1995

Guillaume Dufay et la Bourgogne

Si le Nord, la Bourgogne et la Savoie furent des territoires où Dufay a séjourné, au service des princes et des prélats, il a beaucoup voyagé, et séjourné en Italie à Constance, Rimini, Rome et Bologne. L’art franco-flamand en plein XVè siècle est un carrefour entre une polyphonie écrite avec des voix indépendantes et une invention rythmique, ayant abandonné l’isorythmie, des harmonies aux couleurs chaleureuses, langage novateur par la conjonction de l’innovation de la musique anglaise et de l’expressivité colorée du répertoire italien.

L’ensemble vocal interprète des pièces liées à la Bourgogne du XVè siècle, de Guillaume Dufay, et des pièces en proximité avec son œuvre, avec divers instruments à vent, cuivres et bois, ainsi que l’orgue pour certaines parties. Il fait entendre une lumière riche de couleurs, des timbres en mouvement, et la sérénité pleine et colorée naît de ces œuvres pétries de trouvailles et qui sonnent.

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Olive Music, om 010, 2007

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Dolce me may,    Vincenzo Bonizzi

La viole de gambe, ou basse de viole, de toute sa tessiture fait entendre une mélopée,  profonde et dynamique, avec une tonicité de l’archet qui sert la musique dans l’instant. Les possibilités réactives de l’instrument sont mises en relief par le jeu du violiste, dans la suite des traits comme chantés, par l’inventivité des diminutions proposées au cours de la pièce, et la mélodie se déploie avec une immense habileté, un brillant, une énergie au service de l’amplitude du chant et de ses fondations, soutenue par un clavecin aux harmonies raffinées.

Dulce memoria,   Hernando de Cabezon

Dans une polyphonie espagnole, dans laquelle les mélodies chantent les unes au-dessus des autres, avec une tournure un peu plus obscure, la arpa doppia développe les possibilités du jeu du contrepoint complexe simultanément à une réalisation harmonique pleine, et réalise une construction musicale sous les dix doigts de l’interprète.

Dolce memoire,    Girolamo della Casa

Avec une vivacité et le goût du contraste des mouvements, des sonorités, le violiste joue une viola bastarda riche de possibilités sonores, avec laquelle cependant l’émotion conduit le fil de l’invention derrière les traits de virtuosité.

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Atma, ACD 2630, 2012

Atma, ACD 2630, 2012

The Lord hear thee in the day of trouble,     Matthew Locke

Accompagnée des cordes frottées, une voix de ténor, claire et présente chante une mélodie entre mélancolie et un allant joyeux, inhérente à la musique anglaise et ses couleurs à l’expression légèrement voilée, comme une aquarelle. L’ensemble des voix en dialogue, en jeu avec les instruments, développe un ensemble de lignes mélodiques qui fusent et construisent un espace sonore, coloré et vibrant.

O Lord come pity my complaint,    Thomas ou Theophilus Lupo

Une polyphonie plus méditative chante avec profondeur une prière et évoque avec poésie les sentiments d’une complainte. Les dissonances se multiplient, avec des sonorités longues et tenues, au timbre clair.

O poored distracted world,    John Coperario

L’énergie d’un appel, accompagné de cordes pincées et frottées, ainsi que d’un petit orgue positif, exprime par ces voix la dynamique de la mélancolie qui surmonte le repli pour se surpasser dans la création en musique.

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http://player.qobuz.com/#!/album/0722056263023

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Atma, ACD2 2660, 2013

Atma, ACD2 2660, 2013

Sonata undecima a 5 en la majeur,   Johann Rosenmüller

La finesse du jeu des instrumentistes de l’ensemble Masques renouvelle à chaque sonate la multiplicité des expressions qui animent la musique du compositeur Johann Rosenmüller, aux contrastes qui portent une dynamique née d’une sensibilité exacerbée, et aux tournures renouvelées, une musique qui touche par sa présence.

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http://player.qobuz.com/#!/album/0722056266024

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Raum Klang, RK 9902, 2006

Raum Klang, RK 9902, 2006

O tempus amatum,    Esaias Hickmann

Chez les Comtes de Bünau, dans la région de Leipzig, la musique est foisonnante en plein XVIIè siècle. Compositeur peu familier à nos oreilles, Esaias Hickmann est interprété par l’ensemble Alte Musik Dresden pour un contrepoint expressif avec ses mouvements contraires, indépendants, pour une architecture polyphonique et d’une belle inventivité rythmique, avec des couleurs et une proximité de l’oratorio qui se développe à cette époque, avec ses harmonies riches de chromatismes.

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Atma, ACD2 2645, 2013

Atma, ACD2 2645, 2013

Contrapunctus 9 alla Duodecima, et Contrapunctus 10 alla decima,     L’art de la fugue,    Johann Sebastian Bach

L’art de la fugue est une œuvre intemporelle et toujours là, elle est interprétée chaque fois, dans la citation de son thème issu du motif de quinte, dans une écriture polyphonique qui invente toujours quelque chose de plus, une fenêtre sur un paysage inépuisable dont on n’aura jamais vu tous les contours, ni toutes les couleurs, les ombres et les luminescences. C’est immense et simple à la fois. Les interprètes reprennent l’oeuvre et reconstruisent indéfiniment le monument pour un événement éphémère, à dimension humaine dans le moment du jeu.

Un consort de violes avec les Voix humaines dessine l’édifice avec leurs sons si spécifiques sous les gestes de l’archet, avec leurs nuances qui colorent les lignes de leurs reflets.

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http://player.qobuz.com/#!/album/0722056264525

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Astrée, E 8514, 1993

Astrée, E 8514, 1993

Canzon prima a 3, due canti e basso,   1634,   Girolamo Frescobaldi

Le contrepoint et le chant mène les flûtes en tissage avec le violoncelle, avec l’orgue positif, pour une canzon avec ses facettes expressives et rythmiques variées, et sous une allure spontanée et populaire, on perçoit un raffinement un peu mystérieux, des superpositions sonores colorées et prêtant à des ouvertures parfois inattendues et marquées de poésie.

Canzon seconda detta la Bernardina,   1628

La seconde canzon en trio, avec un contrepoint fugué, commence cet air de la Bernardina, pour une suite de sections aux rythmes différents, et au motif diversifié et cependant reconnaissable, un plaisir du jeu et de l’invention qu’on entend dans l’interprétation qui en est faite.

Canzon seconda,   basso solo,   1628

Le basso développe une suite de motifs dans une invention sensible et fort variée, pour un jeu dynamique qui fait entendre le violoncelle avec une jovialité que l’interprète joue à ravir, accompagnée d’un petit orgue positif au jeu articulé, et aux cordes pincées qui déploient un rayonnement sonore.

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concerto

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Alpha, 057, 2004
Alpha, 057, 2004

A la fin cette bergère,   Antoine Boesset

Le Poème harmonique conduit cet air de l’époque de Louis XIII avec à la fois bonhomie et élégance, dans la proximité d’un rythme de danse. La voix avec une chair aux miroitements colorés et une présence singulière, a de l’allure et manifeste une vivacité avec une belle texture.

Dove ne vai, crudele,

Ce poème italien chanté dans tous les pays latins est servi par nombreux compositeurs. Antoine Boesset lui apporte couleurs et lumière, et aussi une élégance expressive, entre mélismes émouvants et l’ampleur que manifestent les voix avec grande sensibilité.

Frescos ayres del prato,

La mélodie un peu rude, rudesse comparable à l’austérité rugueuse offerte aux yeux lorsqu’ils se portent sur la cité de Tolède, fait entendre une mélancolie à la lumière du Sud, et une force fière porte cette voix, profonde et altière.

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http://player.qobuz.com/#!/album/3760014190575

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pintura.free.fr

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Decca, 470 650-2, 2004

Decca, 470 650-2, 2004

Agar e Ismaele esilati,   Alessandro Scarlatti

La couleur dramatique est dessinée dès les premières notes de la pièce exécutée par les instruments à cordes frottées. La musique est aussi théâtre, pour l’expression des sentiments, joie et douleur humaines. Alessandro Scarlatti, s’il écrit dans le langage de la modalité, au tournant du XVIIè et du XVIIIè joue constamment avec les deux dimensions horizontale et verticale, pour une expressivité d’une grande présence et aux facettes qui construisent un dialogue véritable, avec une volubilité méditerranéenne.

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http://player.qobuz.com/#!/album/0002894782522

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Ricercar, RIC 331, 2012

Ricercar, RIC 331, 2012

Qual dolcezza giamai,   Adriaen Willaert

Entre l’univers flamand et les couleurs de la Vénétie, on peut entendre la complexité contrapuntique de Willaert jusque dans les lignes des instruments qui accompagnent et se tissent avec la voix de femme qui chante le poème. Mais l’expression mène à chaque instant le propos, pour toucher la sensibilité, à l’instigation de l’inventivité mélodique.

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http://player.qobuz.com/#!/album/5400439003316

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Glossa, GCD P33201, 2013

Glossa, GCD P33201, 2013

Corrente italiana,    Juan Cabanilles

La corrente italienne à l’espagnole de Juan Cabanilles, est jouée ici avec une prestance et des couleurs franches. Le rythme ternaire, posé de la mélodie est repris avec vivacité par divers instruments pour donner lieu à un jeu éphémère et dans l’instant de glosas et de timbres, sur fond de petites percussions.

Susana passeggiata,    Bartolomeo di Selva y Salaverde

La viole de gambe colorée et répondant au geste généreux de Fahmi Alqhai développe tout un jeu inventif sur le thème de Suzanne un jour, qui parcourt les terres de l’Europe de l’Ouest. Les traits de diminutions, le geste de l’archet pour diverses sonorités, une articulation qui se diversifie sont un acte musical de la part de l’interprète. La virtuosité qui peut être entendue est comme l’explosion d’une intense jubilation.

Tiento III del primer tono,    Antonio de Cabezon

Susana un jur,     glossada,    Hernando de Cabezon

Le même thème est repris par une sacqueboute à laquelle répondent les cordes des violes et du luth, pour un dialogue en contrepoint, et le thème surgit, puis disparaît en anamorphose, ou dissimulé derrière les tournures des glosas et le jeu de la fantaisie, dans la suite des variations ou diferencias, pour une invention musicale qui est le propre de l’interprète, dans un jeu entre les instrumentistes.

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JUIN 2013

Juin 2013

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Commentaires de Thérèse Bécue

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Aux auditeurs de Continuo

est  recommandée l’écoute de

l’émission de musique ancienne

El arte de la escucha

produite et animée à Séville par le collègue

Juan Ramon Lara

http://www.facebook.com/pages/El-arte-de-la-escucha/310158792421041?ref=ts&fref=ts

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Les instruments de musique ne sont qu’un outil servant à rendre la musique vivante grâce au travail de l’interprète: un Stradivarius ne sonne bien qu’entre des mains expertes.

 

La technique et la culture de l’interprète comptent donc autant que l’instrument dans le façonnage du son. Néanmoins, si beaucoup aujourd’hui estiment que les grands orchestres produisent un son “standardisé”, cela tient en partie à l’instrumentarium utilisé. (…) affirmer une personnalité de la sonorité par le retour aux calibres et caractéristiques des instruments anciens…

 

http://www.orchestredeschampselysees.com/fr/pages/instruments.html

 

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