ut pictura musica… Matthias Weckmann

Denis Grenier
Ecrit par Denis Grenier

Abendmusiken

Matthias Weckmann

Concerti vocali, Sonate e Partite

Ensemble les Cyclopes

Zig Zag Territoires, ZZT110502, 2011

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Matthias Weckmann 1615 – 1674 , dans le Nord de l’Allemagne, entre Hambourg et Dresde, est un des compositeurs les plus marquants du Stylus Phantasticus, à son apogée dans la seconde moitié du VIIè siècle, caractérisé par la liberté de ton, le caractère expressif, l’exubérance imaginative, la jubilation sensuelle qui s’inscrivent dans une élégante habileté musicale au sein d’une structure maîtrisée.

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Né en Thuringe, Weckmann eut pour professeur Heinrich Schütz lorsqu’il était choriste à la chapelle de la cour de Saxe, étudia l’orgue à Hambourg avec Jacob Praetorius le jeune, lui-même élève de Sweelinck, puis fut engagé à Dresde comme organiste de la cour et musicien de la chapelle du prince électeur. Il suivit durant deux années Schütz à Copenhague au service de Christian IV, revint à Dresde avant d’être nommé au poste d’organiste de l’église Saint-Jacques et Sainte Gertrude à Hambourg en 1655, dont il fit rénover l’orgue. Puis il constitue l’ensemble Collegium Musicum :

« Après son retour à Hambourg, deux amateurs de musique distingués fondèrent avec lui un important Collegium musicum dans le réfectoire de la cathédrale. On réunit cinquante personnes, qui toutes contribuèrent à cette entreprise. On fit venir les meilleures pièces de Venise, Rome, Vienne, Munich, Dresde, etc., et ce collège atteignit une telle renommée que les plus grands compositeurs cherchèrent à y associer leur nom. » Mattheson (cf Matthias Weckmann, de  Cosimo Stawiarski, trad. de l’allemand par Dennis Collins & Hilla Maria Heintz).

 

S’il est un des représentants les plus importants de l’école d’orgue de l’Allemagne du Nord, il peut aussi être considéré comme un compositeur majeur pour la musique vocale sacrée de cette époque, avec des pièces de grand art.

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Weine nicht, ainsi que trois autres Motets concertants, sont conservés à la Ratsbücherei de Lunebourg dans un manuscrit en grande partie autographe, et retrouvé dans un deuxième manuscrit dans la bibliothèque universitaire d’Uppsala.

Weine nicht

Adapté des Révélations 5:5, 12-14

Ne pleure pas car le Lion de Juda a surgi de la lignée de David et a vaincu. Ne pleure pas.

L’Agneau qui a été égorgé est digne de le recevoir. La force, richesse et sagesse, et puissance et honneur,

et récompense et louange, et honneur, et pouvoir, d’éternité en éternité. Amen.

La pièce en plusieurs strophes, après une introduction instrumentale aux cordes frottées et à l’orgue fondée sur un chromatisme ascendant, avec quelques fioritures ornementales au violon comme une décoration florale, ouvre les premiers mots avec la voix de contre-ténor, avec subtilité et tendresse pour une expression de joie soutenue par l’orgue avec une gaîté comme innocente. Dans une sorte de refrain, l’ensemble instrumental conduit à une voix de baryton qui chante le texte avec force et assurance, dans une sorte d’écho instrumental. Y répondent les trois voix en dialogue avec les cordes, et avec un motif ascendant sur un rythme pointé est exprimée une conviction plus grande. Une sérénité forte et avec plénitude ouvre sur un passage concertant entre voix et instruments dans un Amen jubilatoire.

D’une structure accomplie entre composition architecturale et équilibre, aux lignes audacieuses et ouvertes, Weine nicht est une œuvre extrêmement touchante, d’une expressivité théâtrale et sans mélancolie. Les timbres de voix, les sonorités des instruments, teintées de tant d’harmoniques, et le jeu des interprètes soulignent la finesse de l’invention par la délicatesse du suivi des traits et la richesse de l’impulsion rythmique, avec une sensibilité qui touche à fleur de peau jusqu’au plus profond.

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La Sonate à 4, n° 9, dans une alliance de violons, de violes de gambe et de cornets, avec une douceur ineffable, teintée de mélancolie, puis une dynamique sur un rythme pointé allant, joue avec les contrastes dans l’expression dramatique, comme pour une véritable scène d’un récit qui nous serait conté et fait ainsi goûter les miroitements des couleurs et leurs reflets dans un temps si bref, pour un véritable joyau sonore qui est offert à l’écoute.

                                                                    Thérèse Bécue

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http://www.youtube.com/watch?v=DFSmd1DIN3M

http://player.qobuz.com/#!/playlist/160926

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