ut pictura musica… Continuo… di Ferruccio Nuzzo – VII – Il Spiritillo Brando – XXIX.X.XIII

Ferruccio Rembrandt
Denis Grenier
Ecrit par Denis Grenier
Glossa

Glossa, GCD 923101, 2013

 

Andrea Falconieri 

Il Spiritillo Brando

Dance music in the courts of Italy and Spain, c.1650

La Ritirata, Josetxu Obregon – Glossa (62’34”)

Que de l’enthousiasme pour ce disque, d’une vitalité extraordinaire, plein de liberté et de joie: une musique qui nous est présentée – comme ça m’arrive très rarement d’en écouter – comme quelque chose de vivant, d’actuel, qui a une raison d’être pas seulement intellectuelle ou culturelle.

Et aussi la découverte d’un jeune groupe – tous des musiciens ibériques (d’habitude ces ensembles sont un cocktail de différentes origines européennes, avec quelque présences orientales – japonaise ou chinoise) et surtout de la splendide Tamar Lalo avec l’élégance et l’agilité légère de ses flutes à bec.

La Ritirata – qui prend son nom du dernier mouvement du Quintetto de Luigi Boccherini “La musique nocturne dans les rues de Madrid” – est guidée par le violoncelliste basque Josetxu Obregon, un virtuoso passionné et inspiré. Moins facilement identifiable est l’origine du titre bizarre: qui est donc ce Spiritillo Brando? le Spiritillo est, dans la tradition napolitaine, un petit être surnaturel qui depuis toujours fréquente les rues, les courettes et les venelles de la vieille Naples, voletant comme un lutin d’une maison à l’autre, et c’est lui qui excite – et de quelque façon justifie – les extravagances et certains défauts de l’être humain; et le brando n’est qu’une danse populaire, le branle français arrivé jusqu’à Naples avec bien d’autres danses – le genre musical, peut-être, le plus facilement exportable.

Andrea Falconieri l’auteur de ce recueil, était luthiste à la cour du Viceroy de Naples à partir de 1639, puis maître de chapelle jusqu’à sa mort en 1650, pendant la terrible peste de Naples, et c’est lui qui nous introduit dans le monde fascinant des danses qui, vers la moitié du XVIIème siècle animèrent cette cour.

Falconieri publia en 1650 un riche recueil de Capricci, Brandi, Correnti, Gagliarde, Alemane, Volte …, les musiques qu’il avait noté par ci par là pendant ses pérégrinations de luthiste itinérant en Espagne, puis à Parme, Florence, Modena et Gênes, de différents auteurs et avec peu d’indications des tempo et de l’instrumentation, en un gracieux mélange d’italien et de castillan: « si sona presto », « muy despacio »…

Mais il y a aussi sa musique, brèves compositions, comme des croquis évidemment inspirés par tout ce que son oreille curieuse et rapide avait glané pendant ses longs voyages – on ne pouvait pas le appeler tournées – à la recherche d’une cour ou d’un protecteur.

Falconieri ne fut certainement pas le seul musiciens illustre à avoir oeuvré dans la chapelle royale napolitaine, ni le plus fameux, mais son recueil – riche de 58 pièces – a le mérite d’illustrer le vaste panorama de la musique instrumentale baroque en Espagne et en Italie, et de ses divagations européennes, avec les oeuvres de Diego Ortiz, Giovanni Gabrieli, Juan Cabanillas e Dario Castello.

L’enthousiasme et la surprise sont, toutefois, surtout pour les interprètes: La Ritirata avance vertigineusement, pétillante, flamboyante, comme un tourbillon de Spiritilli qui zompano, sautillent des bassi, les maisons pauvres des quartiers espagnols, aux anciens palais de Spaccanapoli et aux salons de la cour, puis de nouveau là haut, par terrasses et jardins.

Resplendissants sur tous, l’élégance des flutes à bec de Tamar Lalo et la profonde vérité du violoncelle de Josetxu Obregon.

Alla prossima…

http://www.qobuz.com/album/ritirata-la-il-spiritillo-brando/8424562231016 

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Critique musical aux côtés de Giorgio Vigolo (Il Mondo) et de Piero Dallamano (Paese Sera) dès le début des années ‘60, interprète du rôle de l’apôtre dans L’Évangile selon saint Matthieu de Pier Paolo Pasolini (1964), Ferruccio Nuzzo a également été responsable avec William Weaver des programmes culturels de la Rai à destination des USA. Proche du pianiste Arturo Benedetti-Michelangeli, de la Callas et autres artistes, fréquentés à la Scala de Milan et ailleurs, il a participé à l’évolution culturelle de l’Italie en compagnie d’Elsa Morante, d’Alberto Moravia et de plusieurs autres intellectuels de la Péninsule.

Artisan avec des collègues de la création de Discoteca, premier mensuel de son pays dédié au microsillon, il a, plus récemment, été l’un des producteurs de l’émission Appasionata de la RCF (Radios Chrétiennes Francophones) consacrée aux nouveautés discographiques de musique classique.

Pour le site Internet Grey Panthers, http://www.grey-panthers.it/category/ideas/pensieri/musica/, il tient aujourd’hui la chronique hebdomadaire de récension discographique La Mia Musica, Suggerimenti d’ascolto.

Ancien photographe officiel du primat des Gaules, Ferruccio Nuzzo est surtout photographe de société ; on peut voir une partie de son œuvre sur le site http://www.flickr.com/photos/sorferru/.

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