ut pictura musica… sentita… Continuo XVII.XI.XIII… Carlo Gesualdo

PHI, LPH 010, 2013
Denis Grenier
Ecrit par Denis Grenier

 

Carlo Gesualdo

 

Responsoria 1611

 

Collegium Vocale Gent

Philippe Herreweghe

 

PHI, LPH 010, 2013

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Quatre cents ans après la mort de Carlo Gesualdo 1566 – 1613, l’oeuvre du Prince de Venosa est à la fois fascinante et énigmatique. La vie du musicien aura fait couler beaucoup d’encre et même intrigué nombreux artistes – cf Mort à cinq voix, de Werner Herzog – sans que puisse être cernée véritablement sa personnalité pathétique. Cet aristocrate du Royaume des Deux-Siciles, de la région de Naples, passera quelques années à Ferrare, à la Cour d’Este, la Cour du Duc Alphonse II où règnent alors culture et art. Il y rencontrera artistes et penseurs de son temps, Le Tasse, dont de nombreux poèmes constitueront le texte de madrigaux, Luzzaschi qui lui témoignera sa gratitude dans la préface et dédicace de son Quatrième livre de Madrigaux, 1594

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“Votre Excellence ayant de diverses manières montré au grand jour qu’il estimait

de près et de loin mes compositions malgré leurs faiblesses, et ne sachant comment vous rendre grâce d’avoir, par votre valeur, propagé cette renommée si heureuse en mon honneur, j’ai résolu de vous adresser ces madrigaux nouvellement composés”.

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avant de retourner dans son fief, son château de Gesualdo, pour la dernière partie de sa vie, étrange et tourmentée, mais où la musique tiendra une grande part.

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Carlo Gesualdo, avec la main de son oncle, le Cardinal Borromeo, sur son épaule.

détail

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Le recueil des Responsoria et alia ad Officium Hebdomadae Sanctae spectantia, 1611, fut imprimé au château lui-même, où Gesualdo fit venir un imprimeur de Naples. Quatre siècles plus tard, avec la restauration actuelle du château qui était en ruines, une imprimerie a été installée dans la tour, pour une toute récente édition des deux derniers livres de Madrigaux en 2013.

La musique vocale à six voix sur les courts textes de la liturgie de la Semaine Sainte, se termine avec le Benedictus, puis le Miserere. L’oeuvre met en musique les Répons des jours saints avant Pâques, dans un langage unique, qui intrigue, qui impressionne, mais trop souvent laisse l’auditeur à distance, parce qu’elle est extrêmement riche, hyperexpressive et pleine de tourments, maîtrisée et sans mesure, et requiert la liberté des émotions pour un paysage sonore d’une densité dramatique de chaque instant.

Entre Renaissance et baroque, l’homophonie de la tradition dans un grand art du contrepoint n’irradie pas de plénitude, car elle est truffée de dissonances, de retards avant une résolution en consonances, de traits chromatiques à la source de tensions sonores qui se succèdent sans continuité, générant des contrastes d’un instant à l’autre, des ruptures rythmiques et une surprenante succession d’harmonies.

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“Il s’ingéniait avec tous ses efforts et tout son art à choisir des fugues qui, bien que difficiles à composer, soient chantantes et apparaissent douces et fluides afin qu’elles semblent à tous faciles à composer lorsqu’on les chante, mais qu’en s’y penchant de plus près, on les trouve difficiles et pas du premier compositeur venu.”

Vincenzo Giustiniani

L’écriture de Gesualdo est aussi celle du madrigal, excessive, bouleversante, en mouvement incessant, équivoque entre sensualité et mysticisme, entre violence et mélancolie. Dans la succession des émotions, des sensations évoquées par le sens des mots, et non pas par le mot lui-même, s’exerce une étonnante instabilité, imprévisible, inouïe, inattendue, dans un langage qui reste modal qui éclate parfois en rencontres harmoniques stupéfiantes. Pietro Della Valle, dans son traité Della musica dell’età nostra, 1640 lui rend un magnifique hommage posthume, doublé d’une fine analyse musicale : Il faut bien savoir les règles d’art et qui ne les sait est très ignorant, mais celui qui ne se risque pas de temps en temps à les transgresser pour faire mieux ne sait absolument rien.

C’est un monde sonore en soi que l’interprétation du Collegium Vocale Gent permet de découvrir, avec ses couleurs, ses affirmations, la clarté des lignes, et les sonorités parfois rudes, mais aussitôt parfois rondes et colorées, ou faisant vibrer les tensions de l’instant, dans une fluidité et une souplesse d’adaptation à chaque superposition sonore. Et l’aventure se renouvelle à chaque fois.

                                                                   Thérèse Bécue

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Le pardon de Gesualdo,   Giovanni Balducci   1609 

à l’église Santa Maria delle Grazie,

à Gesualdo

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http://www.youtube.com/watch?v=fZvdLTOeK2k
http://www.youtube.com/watch?v=i3JwLnK6Efw&feature=youtu.be

http://player.qobuz.com/#!/album/5400439000100

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L’hommage de Stravinski

http://www.youtube.com/watch?v=VsSZk0vgp7E

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