Pourquoi je ne participerai pas aux « Victoires de la musique classique »

Alain Duault
Ecrit par Alain Duault

01874984-photo-le-trophee-des-victoires-de-la-musique.jpg Chaque année c’est la même chose, je m’interroge sur l’opportunité d’aller faire un tour de piste aux « Victoires », et chaque fois d’amicales sollicitations font que je m’y retrouve – tout en pestant contre le fait de devoir alors « jouer le jeu » comme on dit, ne serait-ce que par correction vis-à-vis du public, des artistes et des organisateurs. Mais cette année, c’est dit, je n’irai pas. Pourquoi ?

Parce que cette soirée, une des très rares chances de proposer sur le service public qu’est France Télévisions un programme de musique classique à un horaire décent, est dévoyée du fait d’un certain nombre de problèmes qui, année après année, se sont accumulés, sédimentés et ont détourné les «Victoires » de ce qu’elles devraient et pourraient être. De mon point de vue, cette soirée des «Victoires » devrait d’abord être une émission de télévision, c’est-à-dire construite pour les téléspectateurs et non pour les quelque deux milles happy few qui s’y ennuient poliment. Cela signifie qu’elle devrait être constituée de reportages tournés tout au long de l’année dans les différents foyers de la vie musicale française (et européenne), montrant l’activité de cette vie musicale, la richesse des productions lyriques, chorégraphiques ou instrumentales qui, dans toutes les régions, donnent vie à la musique, en font mille matières à échange : cette partie reportages (pour laquelle, avec son formidable tissu régional, France 3 est mieux à même que quiconque de prouver son efficacité) doit constituer l’essentiel de cette soirée de télévision.

Par ailleurs, en contrepoint, quelques artistes emblématiques doivent être invités pour faire passer le frisson de la musique – mais non pas en les formatant à moins de 4’ ! En leur donnant au contraire la possibilité, en en invitant moins, de développer leur charisme vis-à-vis du public par deux ou trois mini-récitals d’une quinzaine de minutes.

Enfin les « Victoires » elles-mêmes, c’est-à-dire les récompenses, devraient être ramenées à trois, la Victoire de la « révélation lyrique », la Victoire de la « révélation instrumentale » et la Victoire du «meilleur premier disque » – c’est-àdire que ces Victoires ne doivent couronner que des jeunes artistes. Qu’est-ce que Natalie Dessay, Roberto Alagna ou Maurizio Pollini ont à faire d’une Victoire (qu’en général ils ne viennent pas chercher puisqu’ils sont en concert à l’autre bout du monde) ? En soutenant les jeunes artistes, les Victoires trouveraient une vraie justification, autre que mondaine (ou pensum obligé).

Il y aurait aussi beaucoup à réfléchir sur l’actuelle « opacité » du vote qui aboutit au palmarès, à s’interroger sur le fait que le président des Victoires est le directeur (par ailleurs excellent mais là n’est pas le problème) d’une des plus importantes maisons de disques européennes, à imaginer peut-être un jury qui, comme celui du Festival de Cannes, soit entièrement transparent et responsable de ses choix. Et on devrait aussi repenser l’organisation de la soirée, son rythme, sa présentation, sa programmation (évidemment pas, comme cette année, le dimanche après-midi !).

Bref, il y a un chantier à mettre en œuvre si l’on veut (re)donner sens aux «Victoires de la musique classique ». En attendant, je n’ai pas de goût à venir figurer dans ces ruines.

4 commentaires

  • Voilà une bonne résolution ! Partageant totalement vos idées, merci d’avoir publié votre décision !

  • Voilà une bonne résolution ! Partageant totalement vos idées, merci d’avoir publié votre décision !

  • Je découvre un peu en retard le point de vue d’Alain Duault et je le partage totalement ainsi que les propositions qu’il fait pour apporter une dimension hautement artistique et pédagogique indispensable à ce genre d’émission.
    Pourquoi son avis d’homme des médias expérimenté n’est-il pas pris en compte?
    Bravo à lui et à votre remarquable site.

  • Je découvre un peu en retard le point de vue d’Alain Duault et je le partage totalement ainsi que les propositions qu’il fait pour apporter une dimension hautement artistique et pédagogique indispensable à ce genre d’émission.
    Pourquoi son avis d’homme des médias expérimenté n’est-il pas pris en compte?
    Bravo à lui et à votre remarquable site.