Après l’ONDIF, le tour à qui ?

Orchestre National d'Ile de France
Alain Duault
Ecrit par Alain Duault

Créé en 1974 à l’initiative de Marcel Landowski, l’ONDIF (Orchestre National d’Île-de-France) est en danger ! On est curieux de savoir ce que le Président de la République peut penser d’une telle situation, représentative d’un abandon progressif par l’État de ses missions culturelles.

Composé de 117 salariés, dont 95 musiciens, l’ONDIF, cofinancé par l’État et le conseil régional d’Île-de-France, assure la mission de diffusion de la musique symphonique dans ce bassin de 11 millions de concitoyens : proposant des concerts aux programmes variés à destination de tous ceux pour qui la Salle Pleyel ou le Théâtre des Champs-Élysées sont des mirages lointains, l’ONDIF mène aussi une politique d’implication culturelle au niveau social. Depuis juillet 2011, la directrice générale Fabienne Voisin et son directeur musical Enrique Mazzola ont bâti un programme et dessiné des perspectives, confortés par l’approbation de leurs tutelles.

Mais en octobre, la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC – c’est-à-dire l’État) annonce une réduction de sa subvention de… 700 000 € (soit 33 %) sur quatre ans ! L’année 2012 est ainsi affectée d’un trait de plume d’une diminution ramenant la part de l’État dans le financement de l’ONDIF à ce qu’elle était dans les années 1980 : la régression est spectaculaire ! Cette décision de l’État, bien évidemment sans concertation, suscite une vive émotion chez tous les musiciens. Une pétition est lancée, qui réunit bientôt plus de 16 000 signatures d’artistes, de personnalités du monde de la culture, d’élus… Aucun écho du côté du ministère de la Culture. Pourtant, cette diminution qui trépane 42 % du budget artistique réduit à néant tous les efforts engagés durant ces dernières années en faveur des 11 millions de Franciliens.

Mais c’est un navrant tour de passe-passe qui va mettre le feu aux poudres : le 20 février, l’ONDIF est convié à participer aux Victoires de la musique classique. L’émission étant diffusée en direct sur France 3, l’ONDIF a décidé d’informer les téléspectateurs de cette situation déplorable — mais curieusement, la DRAC d’Île-de-France informe dans l’après-midi le conseil régional de la décision prise par le ministre de la Culture d’accorder une rallonge budgétaire exceptionnelle de 124 000 €, avec un « complément » de 50 000 €, l’ensemble venant quasiment effacer la baisse annoncée. L’intervention en direct aux Victoires est donc annulée. Et le lendemain, la lettre de Frédéric Mitterrand arrive à l’ONDIF… et dément en grande partie les annonces de la veille ! L’ONDIF subira bien une baisse des crédits de l’État de 125 000 € (au lieu de 175 000 € prévus) et l’objectif de la baisse de 700 000 € en quatre ans est réaffirmé !

Le président de l’ONDIF, Guy Dumélie, démissionne alors non sans avoir écrit une lettre au ministre de la Culture pour dénoncer ce tour de passe-passe indigne. À ce jour, la situation est gelée et l’ONDIF est très clairement menacé dans sa survie. Les candidats à la présidence de la République se sont revendiqués tous deux représentants du peuple français, mais qu’est-ce qu’un peuple auquel on retire sa culture ? L’économie est bien évidemment au cœur des préoccupations dans un monde secoué de toutes parts, mais ce n’est pas en abandonnant la culture, c’est-à-dire l’âme du peuple, qu’un État peut espérer se maintenir. Car, ne nous y trompons pas, si l’ONDIF est considéré comme le « maillon faible » de cette politique culturelle qui pèse, semble-t-il, trop sur les épaules de l’État, son abandon serait le prélude à une réaction en chaîne : autres orchestres, Opéras de région, Scènes nationales !….

Il y va de la survie de la création et de la diffusion de la culture non seulement en Île-de-France mais dans tout le pays. Les préoccupations économiques et financières sont une réalité, bien sûr, mais l’honneur d’un peuple est de ne jamais lâcher sur l’essentiel. Souvenons-nous de cette belle leçon du poète René Char qui, en pleine Occupation, combattait dans la Résistance, les armes à la main, mais qui écrivait en même temps :  » Dans nos ténèbres, il n’y a pas une place pour la beauté. Toute la place est pour la beauté. » Le combat pour la beauté, c’est-à-dire pour la culture, est au cœur de notre avenir, de notre survie même. N’abandonnons pas l’ONDIF : ce serait ouvrir la porte aux barbares !