Renaud Machart, critique, écrivain, musicologue

Renaud Machart

On manque de critiques musicaux, mais on ne manque pas de critiques musicales, depuis que le grand bavardage sur Internet a donné des ailes aux amateurs et à l’autopublication.

Les comptes-rendus de concerts ont largement disparu des pages critiques des grands quotidiens, au profit de ce que l’on pensait alors plus moderne : l’information musicale, déclarée plus utile, plus constructive. Mieux valait dire du bien avant, pensait-on, d’événements non advenus -que du mal après. C’était un moyen pratique de ne se point tromper, de faire du « service au lecteur », de « décrypter » l’actualité selon la langue de bois des nouvelles formules de journaux, concoctées par leurs responsables en charge de retenir les lecteurs déserteurs. Mais en fait, c’était une façon bien cruelle d’offrir à ce lecteur le pire des points de vue, celui des dossiers de presse et de l’événement formaté, et d’uniformiser les contenus.

Renaud Machart, le critique musical de ce grand quotidien du soir bien connu, a repris le flambeau de la critique musicale littéraire, conçue comme un genre à part entière, un art exercé jadis au plus haut niveau, et même par des compositeurs assez considérables.

Monter en épingle un événement, surprendre seul contre tous, militer en faveur d’un point de vue ou d’une œuvre est un exercice flatteur pour le journaliste – mais l’abus de la chose tourne aisément à la coquetterie ou à l’arbitraire. De cette coquetterie, à laquelle aucun critique musical ne saurait résister tout à fait, Renaud Machart use avec élégance et davantage de discernement que d’autres, bien qu’on la lui reproche plus souvent qu’à d’autres confrères.

Lire ses articles c’est partir en aventure musicale : la recension d’un concert ou d’un opéra, la découverte d’un compositeur américain improbable, une charge en règle contre tel chef ou directeur d’opéra ; sous sa plume le compte-rendu sort du cadre. Ce qu’on y lit, c’est la grande liberté de sentir, d’aimer ou de détester, d’un homme qu’on ne connaît pas, en tant que lecteur, et qu’on ne connaîtra jamais.

Écouter les albums de la collection INA Mémoire Vive qu’il a créée et dirigée jusqu’en 2009 c’est entendre ce qu’il aime et ce qu’il choisit.Lire ses livres (tous remarquables) est une clé utile pour comprendre et appréhender le critique.

La collection INA Mémoire vive sur Qobuz

Les livres de Renaud Machart :
Francis Poulenc : Journal de mes mélodies, édition critique intégrale et notes, Cicero Editeur, 1993.
Francis Poulenc, essai, Éditions du Seuil, 1995.
George Benjamin : parcours 1978-1996, essai, Les Cahiers de l’Ircam, 1996.
Le Journal parisien de Ned Rorem, traduction et présentation, Éditions du Rocher, 2003.
John Adams, essai, Actes Sud, 2004.
From the Trumpet of The Chair Mender to The Flute of The Goatherd, in The Proust Project, collaboration, Farrar, Straus and Giroud, New York, 2004.
Aspects Of John Adams’s Music : Floating Elegies and Music Boxes in The John Adams Reader, Essential Writings on an American Composer, sous la direction de Thomas May, Amadeus Press, 2006.
Leonard Bernstein, essai, Actes Sud, 2007.

À paraître :
Le magicien d’Aix, mémoires de Gabriel Dussurget (Actes Sud, 2010, édition, présentation et notes en collaboration avec Kathleen Fontmarty Dussurget).
Gabriel Fauré (Actes Sud 2010, collection « Classica »).

Photo prise au Théâtre de l’Athénée, 23 novembre 2009.

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