Pauvre POM !

Alain Pâris
Ecrit par Alain Pâris

Chacun d’entre nous connaît le PAF, mais en ces temps de disette tout musicien se doit d’avoir une considération particulière pour le POM (Paysage orchestral mondial). Le POM, c’est comme un iceberg. Dans la vitrine des orchestres émergent ceux qui disposent d’un pouvoir de communication développé, souvent parmi les meilleurs mais pas toujours. Et sous la ligne de flottaison, un nombre considérable d’orchestres dont le travail est peu connu mais qui procurent jour après jour du bonheur à ceux qui les suivent. Selon leur proximité de la ligne de flottaison, on parle d’eux un peu, parfois, ou pas du tout. Mais les besoins sont toujours les mêmes : un orchestre ne peut pas vivre, donc mener à bien sa mission, sans un financement important, qu’il soit public ou privé. En ces périodes de crise, il est tentant pour ceux qui tiennent les cordons de la bourse de faire des choix. Et c’est là où notre iceberg refait surface (si j’ose dire). Si les bailleurs de fonds ont entendu parler de l’orchestre qu’ils soutiennent, ils s’y attacheront et le défendront. Si la communication a été plus discrète — ce qui n’entache en rien les qualités fondamentales de cette formation —, la tentation sera grande.
Aujourd’hui, les orchestres du monde occidental sont en danger. J’en veux pour preuve les projets du gouvernement néerlandais consistant à rayer du POM trois orchestres, un chœur et une bibliothèque musicale de grande qualité. Trop cher pour des retombées trop sélectives ! Naguère, les intellectuels français et les compositeurs italiens se tournaient vers les Pays-Bas pour y trouver liberté et qualité en matière de diffusion culturelle. L’histoire n’est pas vraiment un éternel recommencement.
Il y a quelques années, c’est l’Allemagne qui semblait menacée d’orchestrocectomie sélective. Mais la réaction fut à la hauteur du risque. Berlin garde (pour l’instant) ses orchestres, la radio bavaroise également. Seul un regroupement a eu lieu en Sarre. Aux Etats-Unis, il n’est pas de saison où l’on entende parler de faillites d’orchestres ou de réduction de salaires des musiciens.
Ce qui guette les Pays-Bas, tous les pays occidentaux pourraient le connaître un jour ou l’autre, à commencer par le nôtre : périodiquement, la raison d’être de deux orchestres à Radio France est remise sur le tapis.
Et pendant ce temps, dans des pays de tradition symphonique très récente, on voit surgir de terre des orchestres qui s’affirment au fil des saisons. Le Moyen Orient a montré l’exemple, avant-hier au Caire, hier à Beyrouth et Damas, plus récemment à Amman et dans les Emirats. La Turquie dispose aujourd’hui d’un réseau d’orchestres de bon niveau. Et la Chine s’éveille avec d’excellents orchestres à Pékin, Shanghaï, Canton et Shenzhen.
Quand l’Occident aura détruit son patrimoine, ceux qui nous ont pris comme modèle viendront-ils nous aider à faire revivre notre histoire ?

Pétition contre la dissolution des orchestres de la radio néerlandaise :
http://www.mco.nl/mco_page/actie/eng/

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