Un romantique à découvrir

Alain Pâris
Ecrit par Alain Pâris

La musique romantique française tourne autour de l’image de Berlioz, original, fantasque, un homme qui « occupait le terrain » et qui a peut-être découragé ou éclipsé des rivaux éventuels. D’ailleurs la musique française de son temps fréquente des univers aux antipodes des siens : le grand opéra et l’opéra-comique pour l’essentiel. Dans le domaine instrumental, deux exceptions méritent un coup de projecteur : le rival de Liszt, Charles-Valentin Alkan, et un Auvergnat d’origine écossaise, George Onslow. C’est le second qui a excité ma curiosité au travers de quelques enregistrements et d’un livre fort intéressant. Loin de la vie musicale parisienne (il a pourtant succédé à Cherubini à l’Institut), Onslow a vécu principalement dans ses propriétés d’Auvergne et c’est dans le domaine de la musique de chambre qu’il a excellé, un véritable stakhanoviste : 36 quatuors à cordes, autant de quintettes à cordes et bien d’autres � »uvres pour diverses formations dont l’essentiel reste encore dans l’ombre. Périodiquement, quelques tentatives héroïques cherchent à nous le faire découvrir, mais l’enthousiasme ne dure guère. Il est vrai que les partitions ne sont pas toujours faciles à trouver. Une association George Onslow (www.georgeonslow.com), qui n’hésite pas à parler du « Beethoven français », entretient la flamme. Mais rares sont les interprètes qui acceptent de s’investir. Jean Hubeau en son temps, L’Archibudelli plus récemment, François-Joël Thiollier et quelques autres ont accompli un travail de pionniers. Pourtant, lorsque l’on consulte sa discographie, il est curieux de constater que ce sont surtout des interprètes allemands et anglo-saxons qui ont enregistré sa musique.

La musicologie a pris le relais il y a quelques mois avec un ouvrage coordonné par Viviane Niaux (fondatrice de l’association). A ma connaissance, le premier livre moderne en langue française qui lui est consacré. Passionnant ! On peut tout savoir sur Onslow, pas seulement au travers de l’analyse de ses � »uvres. La vie d’Onslow n’a rien à voir avec celle des artistes de son temps. C’est plutôt un gentilhomme que nous découvrons, dans ses résidences d’Auvergne, chasseur comme il se doit, ce qui lui vaut de recevoir une balle perdue… et d’écrire un quintette pour se féliciter d’avoir échappé à la mort ; néanmoins, il ne retrouvera jamais l’ouïe de l’oreille gauche. Historien qui se penche sur le sort du Duc de Guise dans son second (et dernier) ouvrage lyrique, créé à l’Opéra-Comique (les costumes n’avaient rien à envier à ceux des productions actuelles). Comme Mendelssohn, Onslow n’a jamais eu à se soucier de vivre grâce à la musique. Mais l’histoire aime que les artistes en bavent. De là à en conclure que l’aisance est synonyme d’amateurisme, il y un fossé qu’on devrait s’obliger à ne jamais franchir. Certes, Mozart, Beethoven, Schubert, Schumann, Wagner, Debussy ou Bartók ont connu des vies difficiles sur le plan matériel, au moins à certains moments. Mais rien de tel pour Rimski-Korsakov, Ravel, Roussel ou Richard Strauss. Alors, oublions les préjugés et ouvrons nos oreilles pour découvrir Onslow (en attendant d’autres).

Un mot pour ajouter que ce livre sur Onslow n’aurait pas vu le jour sans la participation du Centre de musique romantique français � » Palazzetto Bru Zane (www.bruzane.com). Ce partenaire précieux joue un rôle essentiel dans la diffusion et la connaissance de notre musique du XIXe siècle. Entre la baroque et la musique d’aujourd’hui, le voile commence à se lever sur un maillon important de la chaîne.

Viviane Niaux (éd.), George Onslow, un « romantique » entre France et Allemagne, Symétrie/Palazzetto Bru Zane (Lyon, 2010).

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