Retour de Grèce

Alain Pâris
Ecrit par Alain Pâris

Retour de Grèce ou retour en Grèce ? Je n’avais pas dirigé chez les Hellènes depuis près de dix ans. C’était à la veille des Jeux Olympiques d’Athènes, tout était permis. L’espoir. Les grands chantiers. On connaît la suite de l’histoire et j’étais un peu inquiet avant d’aborder cette nouvelle expérience sachant combien la pression pèse sur la population grecque. Et il n’y a rien de plus difficile pour un chef que de motiver un orchestre démoralisé, ce qui aurait été parfaitement logique.

Surprise, la musique fait des miracles.

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L’Orchestre d’Etat de Thessalonique est devenu une phalange volontaire, pleine de qualités, en tête desquelles je placerai l’envie de bien jouer. Depuis deux ans, Alexandre Myrat en a repris les rênes et offre aux musiciens comme au public un répertoire plein de découvertes. A côté des chefs d’œuvres incontournables, les compositeurs grecs contemporains ont leur place. Nous avons créé ainsi une œuvre de Michalis Lapidakis au sein d’un programme français. D’autres découvertes sont proposées comme la musique de Lowell Liebermann, un compositeur américain totalement inconnu en Europe qui s’inscrit en trame de la saison. Rien de tel que d’exciter la curiosité pour entretenir la flamme.

anaclase_poulenc-pleyel_0Comme partout dans le monde, notre musique française déroute. La rigueur de Poulenc, son sens de l’humour et sa finesse ne correspondent à aucun des canons de l’enseignement international. Tout reste à faire lorsque commencent les répétitions. Ces attaques incisives, ce phrasé élégant, ce dialogue incessant, ces phrases morcelées entre les instruments ou ces accouplements les plus improbables réclament du temps pour s’accoutumer à eux. Mais quel plaisir de lire sur le visage du tuba ou de la clarinette basse: « il est chouette ce compositeur qui nous donne des solos ». Pas de timidité mal placée, personne n’a le complexe de l’instrument secondaire. Dans la musique française, contrairement à la musique germanique, il n’y a pas d’instrument secondaire. Nous sommes dans le sud, un coup d’œil et le musicien concerné émerge au-dessus de la masse. Inutile d’expliquer au contrebasson comment jouer les huit répliques Walt-Disney-L-apprenti-Sorcier-Livre-913021322_MLfondamentales de L’Apprenti sorcier. Il est l’apprenti sorcier. Il ne lui manque que les oreilles de Mickey. Pendant une pause, j’entends le pupitre de contrebasses travailler un trait périlleux des Biches. Un musicien s’approche de moi : « Ce n’est pas souvent qu’on voit les contrebasses travailler ainsi ». Se moquerait-il de ses collègues ? non, simplement conscient de l’originalité de cette musique et de la nécessité d’un travail spécifique. Georges Prêtre m’a raconté un jour comment décoder la manière dont Poulenc plaçait son chapeau sur sa tête: plus ou moins enfoncé ou plus ou moins incliné selon sa satisfaction. Je pense qu’il aurait été incliné du bon côté.

La situation matérielle de l’orchestre est loin d’être enthousiasmante. Des crédits et des salaires amputés de 40% en très peu de temps ; récemment, une nouvelle coupe « pour récupérer un trop perçu ». Où et quand cela cessera-t-il ? Une rumeur court. L’orchestre serait appelé à disparaître, économies obligent. La commission d’orchestre monte au créneau. Rencontre avec les autorités de tutelle. Fausse alerte semble-t-il. Mais il faut rester vigilant. C’est grâce à cette vigilance de son directeur artistique que l’orchestre a échappé à l’amputation de 10% de son personnel : l’ensemble de la fonction publique y était soumise mais la persuasion l’a emporté sur une application irréfléchie. Des alertes, il y en aura encore. La qualité artistique est la meilleure des réponses et le public ne s’y trompe pas qui remplit à nouveau les rangs de la salle, que le programme soit facile ou difficile.

Aujourd’hui la Grèce. En Espagne ce n’est guère plus brillant. Aux Etats-Unis non plus.

A qui le tour dans quelque temps ?

 

 

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