Curiosités musicales estivales

Alain Pâris
Ecrit par Alain Pâris

A l’heure où les amateurs de musique se bousculaient dans les festivals, je me suis livré au petit travail qu’effectuent quotidiennement les journalistes chargés des revues de presse, mais en me limitant au strict domaine musical, et encore, avec un sens profond de la censure pour que la bienséance et l’intérêt privé soient préservés. Car aujourd’hui, on peut tout savoir des stars qui nous enchantent, leurs joies, leurs problèmes (oui, surtout leurs problèmes), leurs états d’âme (no comment), leurs émoluments. Le monde musical n’a plus le moindre secret, pour le meilleur et pour le pire. Mais parfois, l’information anecdotique peut faire sourire.

Humour, tristesse et admiration : la doyenne des instrumentistes de l’Orchestre symphonique d’Atlanta a tiré sa révérence avec une rare élégance. Jane Little, contrebassiste de son état, a été prise d’un malaise pendant un concert et n’a pas survécu. janelittle_1992_020316 Elle avait 87 ans et 71 ans d’ancienneté dans le même orchestre d’Atlanta. Précision utile, aucun rapport entre le nom de Madame Little et la taille de son instrument ; c’était son nom marital.

Il s’en est fallu de peu : attaqué par un requin en se baignant dans la mer à Hong-Kong, le chef d’orchestre Justus Frantz a failli perdre toute chance d’atteindre un tel record. Il a pu en réchapper sans trop de blessures. On savait le requin intéressé par la chair humaine, mais les bonnes encyclopédies nous affirment qu’il est très sélectif dans ses goûts et qu’il change rarement de met. La chair du chef d’orchestre a donc quelque chose de spécial que la science ne nous a pas encore révélé. Existe-t-il des livres de cuisine pour requins où l’on pourrait trouver la version squale du tournedos rossini ?

Instruments voyageurs : il ne se passe pas une semaine sans que les réseaux sociaux soient alertés par les mésaventures de musiciens qui ne peuvent transporter leur instrument en cabine. Le violoncelle a un statut spécial. Qui n’a pas entendu dans un hall d’aéroport : « Mr Cello, dernier appel pour l’embarquement à destination de… ». Oui, les violoncellistes savent à l’avance qui sera leur voisin de siège car leurs précieux Stradivarius, Goffriller ou Guarnerius payent comme celui qui les fait vibrer. instrument-dans-avion-galereLes organisateurs le savent, engager un violoncelliste, c’est débourser deux billets d’avion. Mais quand on aime, on ne compte pas. Malgré cet état de fait reconnu et admis, certaines compagnies aériennes n’aiment pas les violoncelles. Je passe sur le refus de créditer les miles. L’une d’entre elles leur interdit l’accès en cabine. Un instrumentiste qui en a fait les frais à l’aller tente sa chance au retour. « C’est quoi votre instrument ?», lui demande d’un ton suspicieux le préposé à l’enregistrement. « Une viole de gambe ». Ni vu ni connu, ça passe. Dernier avatar en la matière, British Airways vient de refuser le droit de voyager à un violoncelle… parce qu’il n’avait pas de visa. Comment l’instrumentiste a-t-il pu oublier un tel détail ?

Côté violon, c’est plus compliqué. En principe, l’addition des trois dimensions d’une boite à violon ne dépasse pas les normes autorisées du bagage cabine. Mais certaines compagnies ne retiennent que la dimension la plus longue. Exit. Ce qui a permis à une violoniste de voyager récemment avec son violon sur les genoux la boite ayant émigré en soute : sans boite, il respectait la norme.

FinnAir a essayé de résoudre le problème des contrebasses à sa façon. Un musicien a eu récemment la surprise de récupérer son instrument (en sortie de soute) amputé du manche. C’est moins encombrant, certes, mais plus difficile à faire sonner.

Musique et immigration : une hautboïste australienne engagée au Danemark pour jouer dans un ensemble de musique de chambre a eu la mauvaise surprise de se voir condamner à payer une amende de sept mille euros (ou d’aller faire un tour en prison). Elle avait accepté de donner des cours et de jouer occasionnellement en dehors de son ensemble, ce qui se pratique dans tous les pays du monde. Aucune clause de son contrat ne précisait qu’elle ne devait pas dépasser le strict cadre de son contrat, mais la loi danoise doit être connue de tous, même des australiens.

Cher manuscrit : quatre amendes du même genre auraient permis à l’État danois d’acheter les quatre pages de manuscrit de J.S. Bach récemment mises au enchères chez Christies. Ce prélude pour luth a été adjugé pour deux millions et demi d’euros.

Chers promoteurs : une somme qui serait bien utile à l’État roumain ou à la Ville de Bucarest pour empêcher la destruction de la maison familiale où le pianiste Dinu Lipatti vit le jour en 1917. Opération immobilière juteuse en perspective pour une lipattimaison qui avait échappé à un tremblement de terre et aux coups de pioche de Ceaucescu. Si l’on sait que Lipatti est considéré dans son pays natal comme une gloire nationale, on peut s’interroger sur l’immobilisme des autorités.

Etat d’urgence : invité à participer au Chorégies d’Orange pour accompagner Roberto Alagna, l’Orchestre symphonique de Prague a déclaré forfait à la dernière minute par crainte des attentats. La France est un pays dangereux, il faut le savoir. Pour mémoire, l’Orchestre national de Lyon en avait fait de même au Japon à cause des conséquences du tsunami. S’il fallait réfléchir à tout ce que risque un musicien en tournée, nous ne sortirions plus de chez nous. Mexico, Johannesburg, Le Caire, Istanbul, Ankara continuent heureusement à accueillir des artistes internationaux. Il suffit d’un peu de prudence et de respecter les conseils des autochtones. A chaque fois que ce sujet refait surface, je ne peux m’empêcher de penser à ce pauvre Devy Erlih qui avait visité un nombre incalculable de pays dangereux tout au long de sa carrière avant de finir ses jours écrasé par un camion qui reculait ; en plein Paris.

Une note d’optimisme ( ?) pour terminer : annonce résidentielle pour le 14 Juillet, la culture devrait bénéficier d’un budget nettement amélioré en 2017. Mieux vaut tard que jamais, mais j’aimerais me tromper sur le sens profond de cette mesure. Le poids électoral des artistes serait-il si important ? Méfions-nous des redéploiements budgétaires.

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