Philharmonia, ça sonne faux !

Alain Pâris
Ecrit par Alain Pâris

On attendait beaucoup de la série Philharmonia programmée par France 2 en prime time. Une belle occasion d’ouvrir les coulisses du monde de l’orchestre à un public d’amateurs curieux. Mais parle-t-on du même univers ? L’idée de confier le rôle principal à une femme s’inscrit dans l’évolution actuelle de la profession, que je m’empresse de saluer quand le professionnalisme est respecté. Mais faire de cette jeune femme un chef d’orchestre tyrannique à la manière des figures légendaires du début du XXe siècle, c’était le pire service que l’on pouvait rendre à la cause des femmes dans notre beau métier. D’ailleurs, celles qui réussissent vraiment aujourd’hui et qui sont respectées (elles sont de plus en plus nombreuses) ont d’autres atouts : talent, persuasion, diplomatie, ce qu’on appelle la main de fer dans un gant de velours. Je passe sur les séquences où Marie-Sophie Ferdane dirige l’orchestre, Louis de Funès était beaucoup plus crédible dans La Grande Vadrouille.

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L’image du monde de l’orchestre qui se dégage de cette série relève du fantasme et d’une vision superficielle. Ce ne serait pas la première série à en faire les frais : les médecins, les avocats, les gendarmes et policiers se plaignent des mêmes excès dans les séries qui concernent leur profession. Dans ces séries, on ne retient que ce qui peut exciter la curiosité du spectateur, ce qui peut choquer. Comme des citations sorties de leur contexte. Ce qui laisse à chacun la possibilité de croire que le monde de l’orchestre fonctionne dans cette atmosphère où la jalousie, la haine, les petites combines règnent en maître. Je m’inscris en faux devant cette image déformée. Il serait impensable aujourd’hui de voir un violon solo se faire virer en quelques minutes sur un simple coup de tête du directeur musical de l’orchestre. De même, l’idée de faire « monter » au premier pupitre une violoniste du rang sans respecter les procédures normales. L’orchestre est une entreprise régie par un certain nombre de règles, que chacun respecte : temps de travail, recrutement, promotion interne, etc. Les musiciens sont des salariés de droit commun dont les conditions de travail sont aménagées par des conventions collectives pour correspondre à la spécificité de la profession. Malheureusement, c’est une caricature qu’en montre la série Philharmonia.7995768_7a4ee408-1fc7-11e9-b445-de27b54aa18d-1

Quant aux rapports entre chef et musiciens, je n’ai jamais rencontré une telle ambiance en un demi-siècle de carrière. Bien sûr, il y a des délégués du personnel et des représentants syndicaux qui ne sont pas toujours d’accord avec la direction. Mais on parvient toujours à se mettre d’accord et de là à en faire des têtes de turcs ! Bien sûr, la sensibilité artistique crée une atmosphère parfois tendue entre les individus, plus que dans toute autre entreprise. Mais chacun sait y mettre du sien, chacun sait respecter l’autre car il y a quelque chose de sacré dans un orchestre : la réussite du concert. Certains concerts sont des réussites grâce au chef, d’autres malgré le chef, mais c’est toujours l’orchestre qui y contribue.

Et le travail d’orchestre ? tous les chefs (du moins les véritables professionnels) savent que c’est l’atmosphère dans laquelle se déroulent les répétitions qui induit un bon résultat. « Etre les meilleurs », cette phrase qui revient comme un leitmotiv dans la bouche de l’héroïne, comment y croire quand on lui fait faire tout ce qu’il faut pour ruiner son orchestre. Un bon orchestre, c’est un orchestre en bonne santé, où les individus s’entendent entre eux, condition indispensable pour bien jouer. Au chef de créer cette ambiance. Le chef ne joue d’aucun instrument, il se contente de faire jouer. D’ailleurs, je n’aime pas cette formule. Le chef est un guide, un stimulant, un révélateur. Pas un tyran. Si votre enfant pleure, parlez-lui en criant, il pleurera davantage ; parlez-lui avec douceur, il sourira.

Philharmonia aurait pu être une belle réussite, malheureusement les fausses notes sont trop nombreuses. Même si l’ambiance semble se modifier au fil des épisodes, l’effet désastreux de la première prise de contact sera difficile à effacer. Une occasion ratée.

2 commentaires

  • Tout à fait d’accord avec vous. Votre analyse de cette série tv me semble juste et saine. Mais pour faire de l’audience à ce jour, il faut pousser le caractère à l’extrême: violence, dureté …. tout cela à défaut de la réalité .Bref un polar musical! Qu’en pensent les téléspectateurs?

    • Malheureusement, comme tous les ingrédients propres à ce genre de série sont réunis, ils apprécient et pensent que ce qu’on leur présente correspond à la réalité. LEs chiffres d’audience parlent d’eux-mêmes. Dommage.

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